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Né à Paris, fils d'un fabricant de faïence
alsacien, Victor Schœlcher s'engagea dans les principaux
débats sociaux du XIXème siècle. Son nom est
associé à l'émancipation des esclaves des
colonies françaises en 1848. Critique d'art, musicologue,
partisan de l'abolition de la peine de mort, participant activement
au mouvement anticlérical du dernier quart du siècle et
prêtant son concours à la Société pour
l'amélioration du sort des femmes, Victor Schœlcher consacra
l'essentiel de ses travaux à la lutte pour l'abolition de
l'esclavage et à l'étude de l'évolution des
sociétés coloniales. Il signa le décret
d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises en
1848, fut élu représentant des Antilles
françaises à l'Assemblée Nationale en 1848 et en
1849, où il siégeait dans les rangs de la Montagne,
s'exila en Grande-Bretagne après le coup d'État du 2
décembre 1851 pour ne revenir en France qu'en 1870. Élu
à nouveau représentant de la Martinique en 1871 puis
sénateur inamovible de cette île en 1875, Schœlcher
homme politique se préoccupa jusqu'à sa mort de la
défense des droits des citoyens d'outre-mer par leur
assimilation à ceux de la France. Il élabora au fil des
ouvrages qu'il écrivit sur les sociétés
coloniales un projet de réforme sociale post-esclavagiste qui
s'inscrit dans une phase fondamentale de l'histoire des Antilles,
alors que se développait le processus de suppression de
l'esclavage. L'histoire retient son action en tant qu'abolitionniste,
signataire du décret d'émancipation des esclaves, homme
politique républicain, député et sénateur
des Antilles, auteur d'une œuvre maîtresse sur les
sociétés esclavagistes et l'histoire de son
siècle dans la région des Caraïbes.
Le premier voyage qu'il effectua en 1829-1830 aux Amériques
(États-Unis, Mexique, Cuba) inaugura la longue carrière
de Schœlcher - facilitée par la rente annuelle que lui
procurait la fortune familiale - que ponctuèrent plusieurs
autres voyages, dans la région des Caraïbes à
nouveau en 1840-1841 et en Afrique, et la publication de nombreux
ouvrages. Très tôt affilié à la tendance
politique républicaine et à la franc-maçonnerie,
Schœlcher collabora à la plupart des journaux
républicains parisiens, à La
Réforme en particulier. Ses premiers ouvrages,
"De l'esclavage des Noirs et de la législation
coloniale" (1933), "Abolition de l'esclavage ; examen
critique du préjugé contre la couleur des Africains et
des sang-mêlés" (1840) relataient les rapports
sociaux qu'il avait observés aux États-Unis et dans les
colonies européennes des Caraïbes où
sévissait l'esclavage. Il fit sien du principe
énoncé par l'abolitionniste britannique William
Wilberforce selon lequel : "La liberté est le principe,
l'esclavage, l'exception." Entre 1841 et 1847, Schœlcher publia
:
- "Des colonies françaises, abolition immédiate
de l'esclavage" (1842), ouvrage consacré à la
Guadeloupe et à la Martinique,
- "Colonies étrangères et
Haïti" (1842-1843) dans lequel il rendait compte des
premiers effets de l'abolition de l'esclavage dans les colonies
britanniques dans l'espoir de convaincre ses lecteurs
français.
- "L'Égypte en 1845" (1846) après un voyage
en Égypte.
- "Histoire de l'esclavage pendant les deux
dernières années" (1847).
C'est en tant que sous-secrétaire d'État aux
Colonies que Schœlcher signa le 27 avril 1848 le décret
d'abolition de l'esclavage. Élu au suffrage universel dans les
trois colonies françaises des Antilles et de la Guyane, il
choisit de représenter la Martinique. Les difficultés
engendrées par la crise de l'économie sucrière
depuis le début du XIXe siècle et par la transformation
des rapports sociaux que supposait la suppression de l'esclavage
incitèrent Schœlcher à intervenir de manière
plus directe dans la vie sociale et politique des Antilles. Il fut
par exemple à l'origine de la fondation du premier journal
républicain qui parut en Guadeloupe en 1849-1850, Le
Progrès , et publia à Paris une série
d'ouvrages ponctuels sur les événements politiques
antillais. Le "schœlchérisme" était redouté :
- par les colons, qui craignaient la perte de leurs biens et de
leur influence politique face à la
supériorité numérique des anciens esclaves
devenus "nouveaux citoyens",
- par les autorités gouvernementales, qui voyaient en lui
l'inspirateur des troubles politiques que connaissait alors la
Guadeloupe.
S'il prôna la réorganisation des
sociétés antillaises par l'instruction gratuite et
obligatoire et par l'exercice du droit de vote au suffrage universel,
il n'en défendit pas moins avec ardeur des mesures qui lui
semblaient être les plus aptes à assurer la
prospérité des colonies - et des colons - notamment le
versement de leur indemnité après l'émancipation
et la construction d'usines sucrières dites "grandes
centrales" dont les ouvriers agricoles, employés pendant
quatre mois par an, subsisteraient grâce à la mise en
valeur de lopins de terre.
Après dix-huit ans d'exil à Londres, Schœlcher
rentra en 1870 à Paris où il se rangea, pendant la
Commune, aux côtés de conciliateurs. Ses publications
d'exil ne concernèrent pas les questions antillaises. Il livra
de virulentes attaques contre le gouvernement du Second Empire dans
plusieurs ouvrages et publia une "Vie de Haendel" en
1857.
Réélu représentant de la Martinique à
l'Assemblée Nationale en 1871 puis sénateur inamovible
de cette île en 1875, Schœlcher devint président de la
Société de secours mutuel des Créoles en 1874 et
membre de la Société pour l'amélioration du sort
des femmes en 1875. Outre ses interventions sur les questions
coloniales, il consacra ses travaux de sénateur à la
lutte pour l'abolition de la peine de mort. Il présidait en
1881, avec Maria Deraismes, le congrès anticlérical.
Fondateur du Moniteur des colonies en 1882, avec le
député guadeloupéen Gaston
Gerville-Réache, Schœlcher publia enfin plusieurs ouvrages sur
la législation du travail aux Antilles,
"Polémique coloniale" (1882-1886), recueil de
ses derniers articles, des études sur l'esclavage aux
États-Unis, au Brésil et au Sénégal et,
en 1889, une "Vie de Toussaint Louverture ".
En 1884, alors âgé de 80 ans, Victor Shoelcher
sélève contre la menace de noyer la population
guyanaise (25.000 habitants) par l'envoi de 70.000
récidivistes.
Il meurt le 24 décembre 1893 à Houilles, il fut
inhumé au cimetière du Père-Lachaise. Ses
cendres furent tranférées le même jour que
Félix Eboué au Panthéon le vendredi 20 mai 1949.
- Pour lui rendre hommage, une statue du sculpteur Louis-Ernest Barrias fut édifiée sur la place Victor Hugo.
- Ce monument a été réalisé en 1896-1897 par le sculpteur Louis-Ernest Barrias. La date 1896 figure sous le pied de l' esclave.
- L'inauguration de ce monument eut lieu le 14 juillet 1897.
- Le plâtre original est conservé dans l'église de Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire).


- 1804 : Naissance de Victor Schoelcher le 21 juillet à Paris, de Victoire Jacob et de Marc Schoelcher qui a transformé son nom en Schoelcher à son arrivée à Paris.
- 1818-1819 : Courtes études au lycée Louis-le-Grand à Paris. Victor travaille à partir l'âge de 15 ans dans la fabrique familiale, rue du Faubourg Saint-Denis. Le magasin de vente est situé à l'angle du boulevard des Italiens et de la rue Grange-Batelière.
- 1828 : Marc Schoelcher associe officiellement son fils Victor à son entreprise (fabrique, décoration et vente de porcelaines de luxe). Le frère aîné de Victor, Marc-Antoine, polytechnicien, se destine à une carrière militaire. Son frère cadet, Jules, travaille dans la fabrique. Il meurt en 1833 à l'Ile Bourbon (La Réunion) où il est parti fonder une succursale de l'entreprise familiale.
- 1829-1830 : Premier voyage de Victor Schoelcher aux Amériques (Mexique, sud des Etats-Unis, Cuba) en quête d'une nouvelle clientèle pour la fabrique de porcelaines. Premiers contacts avec l'esclavage et les systèmes coloniaux. Envoi de ses premiers articles sur ces thèmes à la Revue de Paris.
- 1830-1833 : Publication des premières critiques d'art de Victor Schoelcher dans la revue L'Artiste.
- 1833 : Publication de "De L'esclavage des noirs et de la législation coloniale".
- 1834-1844 : Schoelcher effectue plusieurs voyages en Europe : Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Grande-Bretagne, Espagne, Portugal, Italie.
- 1840 : Publication de "Abolition de l'esclavage". Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés. Echec au concours de la Société des Amis des Noirs.
- 1840-1841 : Second voyage de Schoelcher aux Caraïbes : Guadeloupe, Martinique, Jamaïque, Antigua, Dominique, colonies danoises (St. Thomas), Haïti, Puerto Rico.
- 1842 : Publication de "Des colonies françaises". Abolition immédiate de l'esclavage.
- 1843 : Publication de "Colonies étrangères et Haïti". Résultats de l'émancipation anglaise. Coup d'oeil sur l'état de la question d'affranchissement.
- 1844 : Publication de "De la pétition des ouvriers pour l'abolition immédiate de l'esclavage".
- 1844-1845 : Voyage en Egypte, en Grèce et en Turquie.
- 1846 : Publication de "l'Egypte" en 1845.
- 1847 : Publication de "Histoire de l'esclavage" pendant les deux dernières années. Dénonciation des sévices à esclaves dont les planteurs de Guadeloupe, de Martinique et de Guyane se sont rendus coupables. Dénonciation des anomalies du fonctionnement de la justice coloniale. Départ pour le Sénégal en septembre.
- 1848 : Schoelcher quitte le Sénégal fin février pour Paris à l'annonce des événements révolutionnaires de février. Le 3 mars, il rencontre François Arago, ministre de la Marine, qu'il persuade de la nécessité d'une abolition immédiate de l'esclavage dans les colonies françaises. Le principe de l'émancipation des esclaves est adopté par le Gouvernement provisoire le 4 mars. Schoelcher est nommé sous-secrétaire d'Etat aux Colonies et président de la Commission d'abolition de l'esclavage. Le décret d'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises est signé par le Gouvernement provisoire le 27 avril 1848.
Schoelcher occupe ses fonctions ministérielles du 5 mars au 17 mai 1848. Il préside la Commission d'abolition du 4 mars au 21 juillet 1848. Il est élu représentant du peuple en Guadeloupe et en Martinique en 1848 et opte pour la représentation de la Martinique, siège du "Gouvernement général des Antilles françaises". Son siège de représentant de la Guadeloupe est alors occupé par son suppléant, Louisy Mathieu, ancien esclave.
- 1849 : En juin, parution du premier numéo du premier journal schoelcheriste en Guadeloupe, le Progrès. Schoelcher publie Nouvelles observations sur les élections de la Guadeloupe et la vérité aux ouvriers et aux cultivateurs de la Martinique.
- 1851 : Procès politique de Marie-Léonard Sénécal, indépendantiste guadeloupéen accusé de vouloir la répétition dans son île des évênements de Saint-Domingue / Haïti. Il est condamné au bagne de Guyane. Schoelcher publie "Protestations des citoyens français nègres et mulâtres contre des accusations calomnieuses", "le procès de Marie-Galante", "Abolition de la peine de mort", "L'esclavage aux Etats-Unis", "La loi du 18 septembre 1850" sur les esclaves fugitifs et "L'insurrection de Cuba" et les "Etats-Unis".
2-3 décembre : résistance de Schoelcher au coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte. Recherché et expulsé, il part clandestinement pour la Belgique à la fin du mois en passant par la Suisse et l'Allemagne. Arrivée à Bruxelles le 31 décembre. Début de sa vie de proscrit.
- 1852 : Fin janvier, il quitte Bruxelles pour Londres. Début d'une longue amitié avec Victor Hugo. Schoelcher, après plusieurs mois passés à l'hôtel, s'installe dans des quartiers éloignés du centre de la capitale, à Chelsea et à Twickenham. Fréquents séjours chez les Hugo à Jersey puis Guernesey. Il publie "Histoire du crime du 2 décembre".
- 1853 : Schoelcher publie "Le gouvernement du 2 décembre".
- 1854 : Schoelcher publie "Dangers to England of the alliance with the men of the Coup d'Etat".
- 1857 : Schoelcher publie à Londres "Life of Haendel" (Vie de Haendel) et constitue une exceptionnelle collection de manuscrits et de portraits du compositeur.
- 1859 : Il refuse l'amnistie accordée aux proscrits par Napoléon III.
- 1870 : Il publie "Sunday Rest" (Le repos du dimanche). Il rentre à Paris au mois d'août et accepte, en septembre, de prendre la tête d'une légion d'artillerie de la Garde Nationale. Il est nommé colonel d'Etat-major, général des Gardes nationaux de la Seine puis vice-président de la Commission des barricades pour la défense de Paris contre l'invasion des troupes prussiennes. Il prend également la tête d'un Comité des Alsaciens formé à Paris.
- 1871 : Sous la Commune, Schoelcher est parmi les partisans de conciliation. Elu le 8 février représentant du peuple à Paris puis en avril en Guyane et à la Martinique, qu'il choisit de représenter à nouveau.
- 1872 : Il publie "La famille, la propriété et le christianisme".
- 1874 : Il est nommé président de la Société de Secours Mutuel des Créoles.
- 1875 : Schoelcher est élu sénateur inamovible. Il adhère à la Société pour l'Amélioration du Sort des Femmes. Il publie "La grande conspiration du pillage, de l'incendie et du meurtre à la Martinique".
- 1877 : Il publie "Restauration de la traite des Noirs à Natal".
- 1879 : Il publie "Le vrai Saint-Paul".
- 1880 : Il publie "L'esclavage au Sénégal". Il participe à cette époque aux congrès de la Ligue du Droit des femmes et aux Congrès anticléricaux.
- 1881 : Il publie "Modernité de la musique" et "L'esclavage au Brésil". Il est membre du Conseil Supérieur des Colonies.
- 1882 : Fondation à Paris, avec le député guadeloupéen Gaston Gerville-Réache, du journal "Le Moniteur des Colonies". Schoelcher se rend à Londres pour une enquête dont le charge le Sénat sur les hospices et asiles de nuit pour enfants abandonnés.
Il publie le tome I de "Polémique coloniale", recueil de ses derniers articles.
- 1883 : Il publie "L'immigration aux colonies".
- 1879-1884 : Schoelcher effectue des dons d'ouvrages et de manuscrits à la Bibliothèque Nationale, à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts, au Conservatoire de Musique, à la Martinique (Bibliothèque Schoelcher), des dons d'objets d'art et d'instruments de musique au Musée des Antiqués Nationales, au Conservatoires de Musique, à la Guadeloupe (Musée Schoelcher), à la Guyane, d'objets à caractère historique et ethnographique au Musée d'Ethnographie du Trocadéro (actuel Musée de l'Homme).
- 1886 : Il publie le tome 2 de "Polémique coloniale".
- 1889 : Il publie "Vie de Toussaint Louverture" pour le centenaire de la Révolution Française.
- 1892 : Il se retire définitivement dans la maison qu'il loue à Houilles dans la banlieue de Paris.
- 1893 : Mort de Victor Schoelcher à Houilles le 25 décembre.
- 1894 : Inhumation le 5 janvier au cimetière du Père Lachaise.
- 1949 : Transfert des restes de Schoelcher au Panthéon, le 20 mai (loi du 13 juillet 1948).
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