La portée du souvenir

HENRI-CLAUDE JOIGNY

 

Lorsque dans les années 60 la maison familiale regorgeait d'artistes et de fan -déjà- nul de s'était douté que parmi eux - je parle des 'fans'- se cachait une âme sensible qui allait plus tard marquer son époque avec des textes et des musiques d'une haute densité.

 
Oh Lady Jane !
On dit 'je t'aime', 'je t'aimerai'
Toute la vie je resterai.
On dit 'jamais' au grand jamais
Je ne m'en irai de tes côtés.

 

Si cela ne vous rappelle rien, moi j'entends encore cette voix, qui, devenue adulte, m'était parvenue grâce à la complicité de mon ami EDOUARD qui m'abreuvait des découvertes guyanaises -lors de mon séjour parisien- afin que je ne perde rien de ce qui se passait au pays en matière de chansons.
Cette voix aux accents d'écorché vif m'avait émue. Qui pouvait, chez nous, à cet âge, être à ce point au fait de l'âme humaine pour que chaque mot, chaque note, soit en mesure de crier si fort la détresse, sans être ni agressif, ni violent, ni haineux ?
C'est un jeune, me répondit Edouard. Un chantre de la vie. Quand tu viendras en vacances, (nous étions en 79 et je promettais de revenir) je te le présenterai.
Dans l'attente, chaque jour la voix me disait les mots de la vie éprouvée.

 

Avoir voulu la liberté
Pour pouvoir enfin lui donner
Bien plus que quelques baisers
Mais tout ce qu'il a demandé.
Avoir voulu fuir ses parents
Pour lui prouver ses sentiments
Et mettre au monde un enfant
Pour un homme si indifférent !
Mais rester seule à la maison
A-t-elle eu tort ou bien raison ?
Ou encore ceux du souvenir : <
 
Et les ballades
Les escapades
Que l'on faisait parfois
Ce n'était rien
Mais c'était bien
On s'amusait !
Où sont tous ces copains
Qui a coupé les liens ?
On aimerait revivre le temps des souvenirs.
Comme une chanson que l'on fredonne tout l'été
Comme une romance que l'on de voudrait jamais oublier.
Comme une chanson.

 

De retour au pays donc, je le découvre tel qu'il est : grand, très grand, heureux en ménage. Son épouse et ses enfants font sa joie et son bonheur. Il en parle avec tendresse, avec fierté. Mais n'oublie pas qu'il a une mère, des frères, des sœurs, des parents qu'il aime profondément. Alors pourquoi ces mots d'une profondeur à donner le vertige s'il est heureux dans la vie ? La réponse est peut-être dans les vers qui suivent.

 

C'est pénible pour moi
de vous raconter mon enfance comme çà
Et pourtant çà me permettra
de faire le procès de ces êtres-là.
C'est une caractéristique
Qui ne compte plus ses victimes
Et qui laisse ces énigmatiques
Indifférents, voir puérils !
Et combien d'enfants sont venus
Des mensonges de ces individus
Des renard rusés, obsédés
Lafontaine les avait oubliés.
Et combien d'enfants sont venus
Ont grandi tout dépourvus
De l'amour de ceux qui
Au hasard ont satisfait leur envie.

 

Il devait partir pour la Réunion cette semaine là et c'est à LONLAVILLE, près du Luxembourg, quelques années plus tard, que j'ai eu l'occasion ,de mieux le connaître.

YVAN ROLLUS CAYENNE 1999

 

 

 

 

 

 

Après avoir servi en qualité de prof d'économie en Guyane, notre troubadour partit pour la Réunion où ses qualités d'artiste complet furent vite reconnues.
Il aurait pu amener dans ses bagages les disques témoignant de son passage dans le répertoire des artistes du pays natal, mais sa grande modestie en ce domaine -comme dans les autres du reste- a toujours freiné en lui toute velléité de se mettre en avant. Il a du talent ? Ceux qui sont sensibles s'en apercevront. Nul besoin d'en faire la réclame. C'est une façon de voir qui est tout à son honneur.
Au pays, Dany Play l'a chanté sur scène et sur disque. Christian Sénélis et Sylviane Cédia, dignes solistes et sans prétention choristes des meilleurs ont dialogué en leur temps sur ses couplets. Henri Néron sera celui avec lequel il joutera à la Réunion où le moment de reprendre la guitare se fera sentir. Il y aura même la complicité de VICTOR HUGO -qui l'eut dit- pour illustrer les manifestations organisées pour fêter le grand homme.
Et nous pendant, ce temps-là, rêvions du bon temps passé en sa compagnie en fredonnant rappelez-vous :
HIBISCUS
Fleur du riche, fleur du pauvre
Toi la rose du pays
Fleur du riche, fleur du pauvre
Sans problème tu t'épanouis.
Hibiscus rouge, hibiscus jaune
Toi qui es notre porte-bonheur
Hibiscus rose, hibiscus blanc
Fleur de toutes les couleurs.
Reconnaissez avec moi que l'on s'arrête peu , aujourd'hui ,sur les textes dont nous abreuvent nos auteurs, par le fait que le nouveau répertoire se regarde plus qu'il ne s'écoute. Une chanson se 'chorégraphie' maintenant . Si les œuvres d'HENRI-CLAUDE s'écoutent, elles peuvent se danser aussi, à deux. Mais en premier lieu elles se savourent. Elles obligent souvent à prendre conscience. Lisons celle-ci :

 

Mademoiselle

Il y a une femme, des innocents
Qui souffrent à cause de vous !
A cause de votre arrogance
Votre impertinence.
Oh vous !
Vous dites l'aimer
En l'arrachant à son foyer.
Vous vous prostituez
Pour lui soutirer
Jusqu'au dernier billet.

 

Il nous faudrait des pages et des pages pour venir à bout de son catalogue. Après avoir dirigé le Lycée REIZER à LONGLAVILLE, il est revenu au pays en passant par CAPESTERRE où il œuvra, laissant son empreinte.
Se cache-t-il ? Nullement. Il dirige un collège à Kourou. Il est revenu au pays, heureux de revoir les siens. Sa mère, m'annonçant avant lui son arrivée, avait les yeux humides du bonheur à venir. Aujourd'hui elle vit pleinement la présence de ce fils dont elle est fière.
Je suis dans l'allégresse du jour où, réuni autour de lui, les intimes et moi-même jouiront des accents de ses musiques si bien mariées à ses textes. Une voix- la sienne- à l'accent original créera l'harmonie dans cet instant là.

LIBERTE

Liberté de penser Liberté de parler Liberté de choisir libre.

INJUSTICE

Il y en a qui naissent les mains pleines Il y en a qui viennent les mains vides.

VIEILLESSE

Ne te moques pas de ce vieillard Qui tient sa canne et qui tremble un peu Tu comprendras un peu plus tard Qu'il est une flamme inextinguible.

 

LES BAMBOUS

J'ai dû partir à dix-sept ans
Me préparer un avenir forcément
Comme tous les gens du pays
Malgré l'amour du pays, 
Des parents.
Mal léché, sans un rond
Et le cœur gros, le ventre creux
J'attendais un petit mot d'eux.
Le temps gris de plus en plus 
Augmentait ma nostalgie 
Et je pensais aux bambous.