La cérémonie de l'Omaganon

 

 

Chez les Kali'na, la cérémonie de l'Omaganon s'inscrit dans un processus lié au décès d'un membre de la famille et d'une manière plus large de la communauté. Ce processus commence par la veillée funéraire et prend fin à l'occasion de la cérémonie de l'Epekodonon dont le principe est la levée de deuil. Ainsi, une famille touchée par un décès observera une période de deuil appelée Onemanon. Durant la période de l'Onemanon (port du deuil) la famille doit impérativement respecter des interdits comme par exemple celui de ne pas danser sur le son du Sambula (tambour) lors des cérémonies traditionnelles.

L'organisation de l'Omaganon est décidée par la famille touchée par le deuil. De ce fait, elle mène et contrôle les travaux nécéssaires à la réalisation de la cérémonie. Les membres volontaires de la famille qui subiront la cérémonie de l'Epekodonon sont investis et présentés officiellement lors de 1' Omaganon, la famille entière restant concernée par le deuil. Cette partie du processus est réservée uniquement aux parents proches. Il peut concerner la mère-veuve, ses fils, ses filles, ses petit-fils et ses petite-filles.

Ici, nous allons essentiellement mous focaliser sur les derniers jours de préparation précédant la cérémonie proprement dite. La construction d'un carbet initiée et conduite par les deux plus jeunes de la famille est un signe de la volonté de sauvegarder le patrimoine culturel et spirituel Kali'na.

  • Le travail du manioc : La famille accompagnée par quelques hommes et femmes de la communauté se rendent à l'abbatis pour récupérer du manioc pour la fabrication du Cahiri, boisson traditionnelle des Kali'na. Le nombre de Kulukulu (panier qui se porte sur le dos) sert de balance pour évaluer le volume de manioc nécessaire. Le transport du manioc et des personnes s'effectue en véhicule. Ensuite, sous le carbet, les femmes s'affairent à éplucher le manioc et les hommes se chargent de le râper. L'étape suivante consistera à obtenir le jus de manioc au moyen d'un Matapi (couleuvre).
  • Fabrication du Kasili : les deux variétés de Cachiri préparées pour l'occasion seront le Kasili et le Pa 'awalu. Les procédés de fabrication de ces deux variétés sont différents. Le Kasili est fabriqué avec un manioc juteux. Une fois râpé, il est ensuite mis dans l'eau bouillante jusque'à la cuisson. La coloration est donnée par l'ajout de la "patate douce ". Il faut aftendre le refroidissement de la pâte obtenue pour procéder au filtrage. S'agissant du Pa 'awalu, c' est une variété de manioc non juteux qui est utilisé pour sa préparation. Le manioc est râpé et son jus extrait, la pâte obtenue est passée au Manale (tamis). La farine servira ensuite à fabriquer la centaine de galette nécessaire pour la fabrication du Pa'awalu.
    C'est un Kuliyala (pirogue) qui servira de récipient pour mélanger les ingrédients nécessaires. Elle sera enlevée de sa mission principale et de son élément qui est l'eau et sera installée au milieu du carbet.
  • Organisation de la pêche : Pour nourrir les familles invitées venant des villages éloignés, des hommes de la communauté vont à la pêche pour avoir du poisson en quantité suffisante pendant l'Omaganon. Le poisson sera boucané, salé et congelé.
Participation de la communauté Kali'na : Une bonne partie des membres de la communauté participent directement ou indirectement à la réussite de la cérémonie de 1' Omaganon. Certaines familles en mettant à la disposition du matériel nécessaire comme les platines et les râpes et d'autres par leur participation physique.
Préparation de la Cérémonie
  • Pour le Kasili :
    Arrachage du manioc
    Epluchage du manioc (activité essentiellement assurée par les femmes)
    Râpe du manioc
    Cuisson du manioc (Kasili)
    Ajout de la " patate douce"
    Filtrage du Kasili
  • Pour le Pa'awalu après la râpe du manioc:
    Filtrage du jus de manioc
    Fabrication de la galette
    Mélange de la galette avec l'eau dans le Kuliyala (pirogue)
    Ajout du jus de manioc cuit avec de la " patate douce " pour donner la coloration au Pa'awalu
    Filtrage du Pa'awalu dans le Matapi (couleuvre)
  • Kamila ekal+:
    Littéralement "interpréter des chants chamaniques ". Il s'agit d'une cérémonie conduite et exécutée par les Chamans qui consiste à reprendre les chants appris au cours de son initiation par le Chaman décédé. Cette cérémonie correspondant à la première partie de la cérémonie s'achèvera aux environ de 24 heures.
  • Activités diverses:
    Nettoyage des carbets et les alentours, accueil des familles, vérification des Sambula (tambour) et Kalawasi (chacha), le " goûter" de la boisson traditionnelle à la communauté

Déroulement de la cérémonie
  • Dans la matinée: réunion de la famille et accueil des premiers arrivants.
  • Dans l'après-midi: arrivée des familles lointaines.
  • En début de soirée: réunion des familles invitées et de la communauté
    Intervention d'un membre de la famille pour présenter la cérémonie
    Intervention du Chef Coutumier.
    La cérémonie de Elemi lamal+, cérémonie conduite et exécutée par les Chamans jusqu'a 24h.
  • Après 24h: la suite sera relayée par le son du Sambula (tambour) et du Kalawasi jusque'à l'aube. Un "chef d'orchestre" sera choisi par la famille qui à son tour choisira ses accompagnateurs. S'agissant du Kalawasi, il sera procédé de la même manière.
    Avant qu'il ne fasse jour, commence alors la cérémonie de Pakala'I+po qui consiste à la brûlure de quelques effets personnels du défunt comme par exemple le linge de travail. Il s'agit d'un moment fort, chargé d'émotion, contrôlé, organisé et exécuté par les femmes au son du Kalawasi. La danse prend alors une forme circulaire, le feu formant le centre, le chant exécuté donnant son nom à cette cérémonie.
    Les membres de la famille directement impliqués dans l'Omaganon, accompagnés par les femmes et l'assistance se rendent alors vers le point d'eau le plus proche où ils effectueront la cérémonie de la purification par l'eau sous le regard attentif des invités. Il s'agit en Kali'na de l'Ekupinion, ainsi les vents et les courants transporteront le plus loin possible les esprits qui pourraient hanter la vie de la famille. Les participants regagnent ensuite le carbet pour l'ultime purification par le Kasili.
    Les participants vont ensuite tailler leurs cheveux, c'est l'Omaganon. Ils devront alors les faire pousser jusque'à la cérémonie de l'Epekodonon. Les cheveux sont des signes extérieurs du port du deuil donc de l'Onemanon. Suite à cette étape, les plus chansons retentiront préparés par l'homme qui dirige le groupe de 6 tambours en moyenne. Les participants fouleront le sol, signe de l'attachement à la terre-mère.
    Ainsi, continueront les danses jusque'à l'épuisement du Kasili.