Raymond Maufrais(1926-1950)

Le 1er octobre 1950, naissance en France à Toulon de Raymond Maufrais qui disparait en fôret guyanaise en janvier 1950.
Son père, Edgar Maufrais, montera 18 expéditions infructueuses, de 1952 à 1964, pour le retrouver.
Raymond Maufrais voit le jour à Toulon, le 1er octobre 1926
En octobre 1939, il entre à l'Ecole Rouvière de Toulon.
Raymond ne cache pas son désir de devenir plus tard un grand reporter, ce qui fait le désespoir de sa mère, seule à l'élever depuis que son mari, après la défaite de juin 1940, est prisonnier en Allemagne. Elle espère, comme la plupart des mères toulonnaises, le voir entrer un jour à l'Arsenal Maritime de la ville, comme l'a d'ailleurs fait son père Edgar, comptable au bureau des salaires. Devant son bureau d'écolier, le garçon attache une carte de l'Amérique du Sud, achetée à l'insu de ses parents et qu'il contemple en rêvant. A l'emplacement du Matto-Grosso, au centre du Brésil, il a tracé une croix rouge : "C'est là que j'irai. Plusieurs expéditions ont échoué, moi, je réussirai", dit-il à sa mère, qui s'inquiète à nouveau de voir ce fils si peu studieux.
En juillet 1946, Raymond s'embarque pour le Brésil, sans argent, ses économies et celles de ses parents n'ayant servi qu'à lui payer le voyage en bâteau. A Rio, il va lier connaissance et partager la vie d'une dizaine de jeunes gens, aux origines aussi diverses que leur nationalité, tous guidés par le démon de l'aventure. Un soir du début septembre, il parie 1.000 cruzeiros avec le rédacteur du Brazilia Herald qu'il se rendra dans les terres inexplorées du centre brésilien. Raymond, qui a le contact facile, fait la connaissance d'une comtesse italienne, à laquelle il confie ses projets; amie d'un ministre, elle lui ouvre des portes jusque-là fermées et lui permet d'être admis au sein de la mission de pacification auprès des Indiens Chavantes, appelés "les tueurs du Matto-Grosso" et réputés très hostiles aux Blancs.
En attendant le départ de la mission, il rédige des articles, prend des notes pour le livre qu'il projette d'écrire.
Après 1.800 kilomètres de rivières, puis 900 de pampas et de forêts, la mission arrive au coeur du Matto-Grosso et débouche sur une clairière où sont découverts les restes d'une expédition disparue. Assailli par un tir de flèches d'Indiens, elle doit reculer puis fuir. Le retour est particulièrement pénible, la troupe, déçue, souffre de la faim et de la soif.
En 1947, Raymond Maufrais revient en France et commence à rédiger, à partir de son carnet de notes, son livre "Aventures au Matto-Grosso", qui ne sera publié qu'après sa mort. Il donne des conférences à Toulon et dans d'autres villes françaises et à l'étranger. Le jeune explorateur raconte son séjour au Matto-Grosso et annonce son projet : relier la Guyane française et le Brésil par les monts Tumuc-Humac, puis redescendre le rio Jary jusqu'à la ville de Bélem. Ceci, à pied, et seul. Il veut en outre faire la lumière sur certains Indiens de la Guyane qui seraient grands, blonds et vivraient encore à l'âge de pierre.
Le 17 juin 1949, sans grand enthousiame, inquiet, voire angoissé quant à son avenir, presque oppressé par un pressentiment, Raymond embarque sur le Gascogne, avec, en poche, une avance de la revue Sciences et Voyages sur ses futurs articles. Sur le quai, son père lui promet : "Si tu n'es pas de retour dans six mois, j'irai te chercher".
Raymond Maufrais débarque à Cayenne, rédige des reportages dans lesquels il raconte la vie quotidienne des lépreux de l'Acarouany, celle des bagnards libérés, des Indiens Galibis le long de la côte, des chercheurs d'or.
En septembre, il obtient d'accompagner une mission géologique et atteint, après neuf jours de pirogue, le village de Sophie
Il atteint enfin Maripasoula le 25 octobre où il va rester trois semaines en attendant que les pluies se calment et que l'opportunité se présente de poursuivre son trajet. Il accepte de partir avec le gendarme du poste jusqu'à Grigel où on lui fait don d'une pirogue abandonnée, presque inutilisable. Il n'emporte pas de vivres, n'ayant plus d'argent pour en acheter; il compte se nourrir des produits de sa pêche et de sa chasse...
Il s'engage seul sur la piste, sac au dos, carabine à la main et son chien Bobby trottinant à ses côtés. Rapidement, il se rend compte que le poids de son sac tyrolien est excessif; il doit le scinder en deux. Pendant dix jours, il va marcher un kilomètre, déposer le premier sac, puis faire demi-tour pour aller rechercher le second. Il abandonne finalement ce système épuisant, et se débarrasse d'une musette.
Le 1er janvier 1950, dans un état d'épuisement complet, il atteint enfin le Tamouri et le Dégrad Claude, où se dressent quelques carbets abandonnés. La faim le fait délirer, lui interdit de tenir fermement sa carabine pour tirer, lui sape le moral. A bout de forces, il abat son chien Bobby et le dévore.
Acculé par la faim, il décide de rejoindre à la nage le village créole de Bienvenue, à 70 kilomètres de là. Ensuite, ravitaillé et soigné, il remonterait le fleuve vers le Nord pour s'y refaire une santé et reconstituer son matériel avant de repartir.
Le vendredi 13 janvier, il place dans le petit sac étanche de son appareil photo les objets de première nécessité et, à son cou, il attache sa machette. Il range ses affaires sous le carbet, y laisse ses carnets de notes, qu'il avait fidèlement tenus, malgré son extrême faiblesse. Raymond Maufrais se jette à l'eau et disparaît dans les remous. Personne ne le reverra plus.

l'Association des Amis de l'Explorateur Raymond Maufrais : http://maufrais.site.voila.fr