Léon Gontran Damas (1912-1978)

L’enfance : La Guyane : 1866-1924

1866 Bathilde Damas fille de Joséphine Damas (métisse amérindienne et africaine descendant des Bâ) donne naissance, à Cayenne, à Ernest Damas, père de Léon-Gontran Damas.
1878 Naissance à la Martinique de Marie Aline, mère de L.- G. Damas.
1912 28 mars Naissance à Cayenne de Léon-Gontran Damas et d’une sœur jumelle, Gabrielle, qui meurt en bas âge. Il est le cinquième d’une famille de cinq. Son père est employé aux Travaux Publics.
1913 Mort de la mère de Léon-Gontran Damas : il sera confié à sa tante Gabrielle Damas ainsi que ses frères et sœurs. L’éducation reçue sera d’inspiration bourgeoise.
1919 Resté muet jusqu’à l’âge de six ans, Léon Gontran entre à l’école primaire de Cayenne.
1921 " Man Gabi ", tante et mère adoptive de Damas épouse René Resse en secondes noces.

L’adolescence : Fort-De-France et Meaux : 1924-1929

1924 Damas qui ne s’entend pas avec René Resse est envoyé à la Martinique au Lycée Victor Schoelcher où il est admis en 6ème.
1925-26 A comme condisciple le Martiniquais Aimé Césaire avec lequel il se lie d’amitié et dispute la place de premier de la 5ème A.
1928 Emeute sanglante en Guyane à la suite de la mort suspecte de l’ex-député Jean Galmot. Damas est dirigé au Collège de Meaux pour terminer ses études secondaires.

L'étudiant : PARIS : 1929-1937

1929 Vient se fixer à Paris.
1930 S’inscrit à l’Ecole des Langues Orientales pour y étudier le Russe et le Japonais mais abandonne bientôt à cause de professeurs qu’il soupçonne de racisme. Parallèlement suit des cours de Droit et de lettres.
  Est présenté à Léopold Sédar Senghor.
1931 Fréquente le Cercle littéraire de la Martiniquaise Paulette Nardal, secrétaire de La Revue du Monde Noir.  
1932 Rencontre au Quartier Latin Aimé Césaire venu préparer l’Ecole Normale Supérieure.
  Damas s’inscrit à l’Institut d’Ethnologie de Paris (Musée de l’Homme).
  La Revue du Monde Noir cesse de paraître. Naissance de Légitime Défense, d’inspiration marxiste, Damas endosse toutes les idées du Comité de rédaction, sans y appartenir, et plus particulièrement celles d’Etienne Léro dont il est l’admirateur.
1934 Publication dans la revue Esprit de cinq poèmes de Damas.
  Mort de " Man-Gabi " d’une crise cardiaque au cours d’une procession religieuse.
  Départ pour la Guyane. Il est chargé par le professeur Rivet d’une mission ethnologique sur les survivances africaines dans les Guyanes hollandaise et française.
  Retour de Guyane avec une collection d’objets afro-américains et amérindiens, un compte rendu sur sa mission et un pamphlet sur la situation coloniale de la Guyane.
1935 Parution du premier numéro du journal L’Etudiant noir dont il est le secrétaire de rédaction, Césaire, le rédacteur en chef et Senghor, un des collaborateurs. Inscription à l’Ecole des Hautes Etudes Collabore à différents journaux sous les pseudonymes de Lionel George ou André Cabassou.

L’engagement littéraire : 1937-1939

1937 Parution de Pigments publié à compte d’auteur (tirage de 500 exemplaires, préface de Robert Desnos).
1938 Publie Retour de Guyane. L’administration de la Guyane en achète un grand nombre d’exemplaires qu’elle fait brûler, jugeant l’ouvrage trop subversif.
1939 Sur Commission rogatoire venue de la Côte-d’Ivoire, censure rétroactive de Pigments suivie de saisie par le Gouvernement français pour "atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat ".
  Césaire publie Cahier d’un retour au pays natal dans la revue Volontés.

La guerre : 1939-1945

1939 Mobilisé au début de la guerre, il est démobilisé peu après.
1941 Invité à lire des contes guyanais sur les ondes de Radio-Vichy, il abandonne bientôt sur les conseils d’amis.
1942 Il est affecté comme contrôleur principal de censure de presse. Quitte ce poste au débarquement allié en Afrique du Nord et à l’occupation totale du territoire français.
  A Paris, appartient au groupe d’études antiracistes, chargé de jeter les bases de la Communauté Française et reçoit de cet organisme mission d’établir un rapport complet sur la "situation des hommes de couleur en France, de 1919 à 1940 ".
1943 Fréquente "la faune africaine " du quartier latin. A des démêlés avec la Gestapo, qui l’arrête, la Milice, les Waffen SS ou la police française.
  Publie son recueil de Contes guyanais Veillées noires. Prépare un Panorama des poètes d’expression française.
1945 Est limogé de la Radiodiffusion où il travaillait comme chef de la Section Antilles-Guyane. Il est même accusé d’avoir collaboré avec les Allemands mais est rapidement libéré par un groupe de choc d’une cellule du commissariat de police de Saint-Germain-des-Prés où il avait été jeté. Reçoit peu après la Médaille Commémorative 39-45 avec agrafe "libération " pour "avoir fait partie de la Résistance ".

L’engagement politique : 1946-1951

1946 S’embarque à Marseille pour se rendre en Guyane en vue de préparer les élections législatives avec René Jadfard mais s’arrête aux Etats-Unis et rencontre à New York des sommités surréalistes. Rend visite au célèbre écrivain américain Richard Wright. Etape à Washington chez son ami le professeur Mercer Cook et prend contact avec l’élite intellectuelle noire.
  Fait campagne avec Jadfard contre Gaston Monnerville et fonde avec lui un parti connu sous le nom de "mouvement de la Renaissance Guyanaise ". Leur journal a pour principal objectif de "combattre la départementalisation et de dénoncer les nombreux scandales de l’époque ".
  Un rapport est déposé à l’Assemblée Nationale par le député Aimé Césaire demandant le statut de département pour la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion.
  La loi du 19 mars donne satisfaction au député de la Martinique.
  Election de R. Jadfard comme député de la Guyane
1947 R. Jadfard meurt dans un accident d’avion sur le fleuve Sinnamary. Un peu plus tard, Damas fait le panégyrique du défunt dans un article de presse.
  Parution du premier numéro de Présence africaine sous le patronage de personnalités éminentes de l’intelligentsia parisienne. Damas ne fait pas partie des premiers collaborateurs ayant pensé qu’il s’agissait encore d’une revue d’étudiants.
1948 Damas est élu député de la Guyane à la place de René Jadfard. Il siège à l’Assemblée nationale parmi les socialistes S.F.I.O.
  Il regagne la France en s’arrêtant aux Etats Unis où il revoit ses amis de Washington.
  Parution de son recueil Poèmes nègres sur des airs africains.
  Obtient le diplôme de Croix d’honneur du mérite franco-britannique "pour dévouement et services éminents rendus à la cause des Alliés ".
1949 8 janvier Epouse la Martiniquaise Isabelle Victoria Vécilia Achille, fille de Louis T. Achille, son ancien professeur d’anglais.
1950 Activité de parlementaire.
1951 Le 17 juin Damas est battu aux élections législatives de la Guyane par Edouard Gaumont.

L’ambassadeur culturel : 1952-1957

1952 Tournée de conférences dans les Caraïbes pour le compte du ministère des Affaires Etrangères. Ses thèmes favoris sont "l'’âme noire et le surréalisme " et " Félix Eboué ". Succès et honneurs officiels.
1953 Divorce des époux Damas. Publie un recueil de poèmes, Graffiti.
1953-1954 Chargé de missions culturelles par deux ministères en A.O.F et en A.E.F.. Voyage et conférences en Afrique.
1955-1956 Retourne en Guyane où il dépouille les archives de l’ancienne colonie
1956 Publication de Black Label chez Gallimard.

Le conseiller technique de la sorafom-ocora : 1958-1963

1958-1962 Damas est employé comme conseiller technique à la société de Radiodiffusion d’Outre-mer, chargé des relations culturelles.
1959 Participe au deuxième Congrès des Ecrivains et Artistes noirs à Rome. Rend hommage à René Maran qui a reçu un prix de l’Académie française. Rencontre Frantz Fanon.
1962 Est limogé de la Société de Radiodiffusion d’Outre-mer.

Le chercheur de négritude dans le cadre de l’Unesco : 1964-1969

1964 Reçoit, grâce à l’intervention du gouvernement dahoméen, une bourse de recherche de l’Unesco pour étudier les survivances de la culture africaine dans le Nouveau Monde.
  Voyage et vit au Brésil pendant six mois mais doit le quitter sans avoir terminé ses travaux à cause de la situation politique. Fait un séjour en Guyane.
  Séjour aux Etats-Unis puis nouveau séjour à Haïti où il est accueilli avec enthousiasme et admiration par l’élite du pays.
  Il est fait citoyen d’honneur de la ville de Port-au-Prince.
  Voyage à travers l’Amérique centrale.
  Séjours à New-York et Washington.
1965 Grâce à une bourse de recherche, retourne au Brésil en passant par la Martinique et la Guyane.
  Retourne à Paris et prépare le manuscrit de Nouvelle somme de poésie du monde noir.
1966 Est nommé délégué de la Société Africaine de Culture à l’Unesco. Il est aussi consultant pour les contacts culturels entre l’Afrique et l’Amérique latine.
  Présence Africaine consacre un numéro spécial à sa Nouvelle somme de poésie du monde noir.
  Publie Névralgies aux éditions Présence Africaine.
  Voyage à Londres.
  Voyage et séjours dans divers pays d’Afrique de l’Ouest.
  Retour à Paris.
  Publie une nouvelle, Yani-des-eaux
  Est invité à prononcer une conférence à l’Université noire américaine Hampton Institute (Virginie) en qualité de fondateur de la " Négritude " et d’exemple vivant du plus important mouvement noir du siècle ".
  Voyage en Côte-d’Ivoire puis à Bruxelles et ensuite à Ottawa
29 septembre Epouse à Paris Marietta Campos qu’il avait rencontrée au Brésil deux ans plus tôt
1968 Se rend à Rio, séjourne ensuite en Guyane puis à New York.
  Séjour à Paris.
  Participe à un colloque d’écrivains à Cuba en qualité de délégué de l’Unesco
1969 Séjours à Rio de Janeiro, puis Paris, Dakar, Niamey, Abidjan
  Participation à divers congrès et conférences aux Etats-Unis.
  Fondation au Lycée Félix Eboué de Cayenne, d’un centre culturel qui porte le nom de Léon Damas.
  Colloque à Cuba, puis se rend à Paris pour préparer son installation aux Etats-Unis.

Le professeur et conférencier américain : 1970-1978

1970 Les Damas s’installent à Washington.
  Congrès et cours dans différentes universités américaines.
  L’appartement parisien de Damas est mis à sac par des gens qui y ont pénétré avec effraction pour le perquisitionner.
1971 Membre sociétaire de la Société des Gens de Lettres à Paris.
  La maison natale de Damas à Cayenne est incendiée.
  Voyage à Dakar.
  Conférences et colloques aux Etats-Unis.
1973 Se rend en Guyane quelques jours.
1974 Devient professeur à plein temps de l’Université Howard.
  Nombreuses conférences dans diverses universités américaines.
1975-1976 Voyages à Dakar et Abidjan.
  Participations culturelles diverses aux Etats-Unis.
  Adresse un télégramme de soutien au sénateur Héder qui essaie de faire libérer les détenus politiques guyanais de la prison de la Santé à Paris.
  Ce n’est pas la première fois mais plusieurs thèses et mémoires sont soutenus sur Léon Damas.
  Congrès, symposiums, conférences aux Etats-Unis
  Est remplacé dans ses fonctions de directeur des Etudes Africaines.
  Voyage au Sénégal.
  Cérémonie de jumelage de la ville sénégalaise de Thiais et de Cayenne, présidée par L.S. Senghor.
1977 Est invité par le gouvernement de Côte-d’Ivoire
  Conférence dans une université de l’Ohio.
  Se fait opérer d’un sarcome cancéreux sous la langue.
  Se rend à Dakar pour la préparation du Troisième Festival des Arts Nègres.
  Hospitalisation d’urgence à l’Université G. Washington pour une rupture d’anévrisme.
  Cinq mois plus tard alors qu’il est venu se faire soigner pour une pneumonie, on lui découvre un cancer sous la langue.
1978 22 janvier Mort de Léon Damas à l’hôpital de l’Université Georges Washington.
1978 Août- septembre Retour des cendres en Guyane après une étape d’hommage en Martinique grâce notamment aux initiatives du député-maire Aimé Césaire. Accueil grandiose à Cayenne dans le cadre d’une "semaine Culturelle Léon Damas " (du 13 au 19 septembre) organisée par l’Association des Amis de Léon Damas présidée par le professeur Bertène Juminer.