Serge Patient

 

Serge Patient est né à Cayenne le 24 mars 1934.
Ses parents étant dans l'enseignement (père instituteur, mère devenue directrice d'école maternelle), il partage son enfance entre Kourou, Cayenne et Mana, tandis que son adolescence se déroule à Cayenne.
Il effectue des études secondaires brillantes au lycée Félix Eboué et devient bachelier à 17 ans. Déjà à l'époque il publie des poèmes appréciés dans "Parallèles 5" et dans une revue "le Mercure Lycéen".
Rejoignant Paris pour y poursuivre ses études supérieures où, poussé par ses parents il fait des études de lettres alors que son rêve secret était de devenir architecte. Il obtient à l'Institut d'Etudes Hispaniques sa Licence d'espagnol et à la Sorbonne un diplôme d'études supérieures de lettres et est reçu dans les premiers au CAPES qui devait lui permettre d'embrasser la carrière de professeur d'espagnol.
A Paris, il milite à l'UEG (Union des Etudiants Guyanais) de 1954 à 1959 dont il assurera même la Présidence. Parallèlement, il fonde avec Edmes Léonço, Hugues Sirder, Henri Henriot, Armide Nadidé, et Arsène Bouvier Le CGASP, le Comité Guyanais d'Action Sociale et Politique, comité plus politisé, qui milite entre autre, pour le retour en Guyane des Guyanais leurs études terminées afin de se mettre au service de la Guyane.
Conformémént aux engagements pris, il revient dans son pays une fois ses études supérieures terminées. Il est affecté au lycée Félix Eboué, en 1958. Il y restera jusqu'en 1970 avec une interruption en juillet 1960 pour accomplir son sevice militaire. Service militaire qu'il effectue comme infirmier en métropole, en Guyane et en Martinique.
A cette époque, il est cofondateur avec Hugues Sirder et milite activement au sein de l'UPG et il signe dans l'organe de ce parti, "Conscience Guyanaise", de nombreux articles.

De 1970 à 1974, il est principal du collège de Kourou et, à compter de cette année, il devient proviseur du lycée de la commune. Cet établissement prendra sous sa direction le nom de lycée Gaston Monnerville.


Membres du CGASP et futurs fondateurs de l'UPG
Henri Henriot - Serge Patient - Edmes leonço - Hugues Sirder

Sur le plan politique,

  • Il est élu en 1973 Conseiller général de Kourou.
  • A l'avènement du Conseil régional - établissement public - membre de cette assemblée, il en devient le premier président en 1975. Il demeure à la tête de cet organisme jusqu'en 1979.
  • Il fera également partie, de 1983 à 1986, du Conseil Régional, élu au suffrage universel.
  • En 1977, il est élu conseiller municipal de Kourou et désigné comme premier adjoint.
  • Ses fonctions politiques l'ont amené à :
    • s'occuper de l'Office du Tourisme être délégué de la Guyane au FORMA (Fonds d'Orientation et de Régularisation des Marchés AgricoIes)
    • présider, de 1977 à 1981, le comité consultatif de la délégation de FR3,
    • présider L'ADUAG (Association d'Aménagement et d'Urbanisme de la Guyane) de 1979 à 1986.


Ses débuts dans la littérature guyanaise remontent à 1952 quand il publie dans la revue " Parallèle 5 " le poème " Le Jazz " où il chante la douleur de l'homme noir esclave. Ce poème a été cité par Daniel Guérin dans son ouvrage " Les Antilles décolonisées ", dans le chapitre " Prise de conscience raciale " (chap. 11).
  • 1958 : articles in " Présence Africaine" n°20. Dans ce numéro, Serge Patient présente le livre "Voix de Paquira" de Gilles Sirder dans un article intitulé : "Avec Gilles Béhary-Laul Sirder : Sur les voies d'une poésie Guyanaise"
    • Circonstances Guyanaises.
    • Sur les voies d'une Poésie Guyanaise.
  • 1967 : " Le Mal du pays ", poèmes collection " Poètes de notre temps ", édition Regain.
  • 1971 : article in " Afrique Littéraire " n° 17.
    • Assimilation ou Négritude, la Culture antillo-guyanaise en question
  • 1972 : "Le Nègre du gouverneur ", récit, P.J. Oswald, Paris, éditeur.
  • 1980 : " Guyane pour tout dire ", suivi de " Le Mal du Pays ", édit. Caribéennes, Paris, collection texte poétique.
  • 2001 : réédition chez "Ibis Rouge" du Nègre du Gouverneur" qui obtient le Prix Carbet le 13 décembre 2001
Serge Patient est également l'auteur d'une étude sur le créole : "Créole, essais sur la culture et l'identité"
Serge Patient est titulaire des distinctions suivantes
  • Médaille de la Jeunesse et des Sports
  • Ordre national du Mérite; Palmes Académiques
  • Chevalier de La Légion d'Honneur.

LE JAZZ
Ces sons discordants, écorchants, rauques Ces notes lancinantes, exaspérantes, Ce rythme trépidant
Qu'est-ce ? Cet air monotone et varié, Cette musique bouleversante, Qu'est-ce ?
Qu'est-ce ?
Qu'est-ce ?
- C'est le Jazz
Qu'on écoute en extase...
Silence ! Prête l'oreille
Ces sons discordants, écorchants, rauques...
Silence ! ... N'entendez-vous plus rien ?
Il ne faut rien entendre
Il faut voir
Des noirs
Qui sous des coups de fouet frémissent de révolte
Il faut voir
Des mains
Des pattes
Epaisses, calleuses
Des pattes hideusement noires
Qui, sur un vieux tam-tam
Scandent inlassablement
Des sons discordants, écorchants, rauques...
Il faut voir
Un sang très rouge
D'un rouge noir
Qui gicle sous la peau marbrée de coups de fouets Il ne faut pas entendre
Il faut voir
Ces peaux tannées de nègres
Ces peaux marbrées de nègres
Qui hurlent de douleur
Et chantent leur rancoeur
Au rythme du tam-tam
... Il ne faut pas entendre Il faut voir
Le Jazz Qu'on écoute en extase.
L'Amour est un Eclair
Qui donc aurait pu dire
Que nos vies s'uniraient
Comme s'unissent nos corps
En cette danse lente ?
Qui donc aurait pu dire
Que l'amour brûlerait
Du même feu nos cœurs
Cette nuit mon amour !
Qui donc osera dire
Que les danses s'achèvent
Sur des accords amers
Je ne veux pas le croire
Qui donc osera dire
Que l'amour et l'éclair
Sont des feux éphémères
Qui brûlent et puis s'éteignent !
Ah que dure cette nuit
Que dure cette danse
Jusqu'à l'éternité.
Ah mais que dure l'amour
Et que rien ne délasse
L'étreinte de nos corps.
Pourquoi ne pas le dire
Je suis un bateau ivre
Sur la mer du désir (c'est bien désir et non désert comme sur le disque)
Où souffle la tempête
Pourquoi ne pas le dire
Je suis comme un aveugle
Perdu dans le désert ta tendresse pour guide.
Ah ! que dure cette nuit
Que dure cette danse
Jusqu'à l'éternité
Ah mais que dure l'amour
Et que rien ne délasse
L'étreinte de nos corps.
Ce poème de Serge Patient a été mis en musique par Yvan Rollus
Le Mal Aimant
Parbleu crénom de nom
Je suis le mal aimant
Le puisatier des larmes
J'ai fait pleurer plus d'une.
Sans même y prendre garde
Et elles m'ont blessé
Sans doute en représailles
Car je suis plus aimant.
À fasciner limaille
Que je ne suis amant
À chérir une dame
Et quand je dis je t'aime
C'est que je te condamne
À me livrer ton corps
Je ne veux pas ton âme
Il n'y a pas de feu
Si je n'en vois la flamme
Pour connaître l'amour
Il faut risquer le drame
Am stram gram…
Ce poème de Serge Patient a été mis en musique par Henri-Claude Joigny
Serge Patient lauréat du Prix Carbet 2001

Extrait de La Presse de Guyane du 14 décembre 2001
…. Edité pour la première fois en 1978, Le Nègre du Gouverneur est une interrogation sur l'idéologie de l'assimilation, un siècle après l'abolition de l'esclavage et trente après la loi de départementalisation de 1946.
Dans son roman l'auteur revisite l'histoire de " D'Chimbo ", du nom d'un esclave africain arrivé en Guyane le 26 septembre 1858 et présenté dans de nombreux récits comme un bandit " d'une férocité inouïe " et d'une " force redoutable ", " une sorte de bête unissant la férocité de l'animal et l'astuce de l'homme ".
Extrait de La Semaine Guyanaise du 20 décembre 2001 Le Gouverneur entre au carbet
… " A son sujet, on persiste à négliger ce simple indice : ses livres se lisent d'une traite, sans sauter une page, avec cet appétit, ce trouble, cette jubilation qui rappellent les enthousiasmes d'adolescence, ces journées entières à la bibliothèque, avec l'illusion de vivre une aventure interdite ".
René Ladouceur
Extrait de France-Guyane du 23 janvier 2002 Le nègre du gouverneur entre vérité et fiction

… " Ils sont venus en foule écouter l'écrivain guyanais le plus connu et reconnu de cette année littéraire. Au lieu de parler de son oeuvre qui a déjà fait l'objet de maintes discussions, l'auteur avait choisi d'aborder l'angle historique sous-jacent à l'intrigue du livre.

L'abolition de l'esclavage. Non pas celle de Schoelcher en 1848, connue et célébrée à l'envi, mais celle qui l'a précédée et qui a été vouée, elle, aux coulisses de l'Histoire. Pendant la période révolutionnaire, l'abolition de l'esclavage avait en effet été proclamée, dès 1796.

Mais des artisans de la cause esclavagiste, tel Victor Hughes, nommé gouverneur de la Guyane en 1800, n'ont eu de cesse de mettre cette abolition en porte-à-faux avec la liberté.

Jusqu'à imaginer la constitution d'un bataillon de soldats noirs, " une idée machiavélique d'utiliser des nègres pour mater leurs congénères ".

L'abolition a débouché sur l'enchevêtrement de trois types de comportements de la part des personnes de couleur : à l'asservissement et au marronnage s'est ajoutée l'assimilation. Grevée de tous les malentendus qu'elle a drainés. En toile de fond des positions internes de la colonie face à l'esclavage, la période a été émaillée de conflits inter-coloniaux avec le Portugal et l'Angleterre. C'est cet espace confus que Serge Patient a chois comme décor à sa fiction qui est " une reconstruction émotionnelle du passé ". pari réussi pour un roman historique écrit en 1978 qui concilie avec bonheur la vérité du passé à la liberté de la fiction. Et qui plus est permet au plus grand nombre d'accéder à un pan méconnu de l'histoire de la région.

Hina Grépin
Dans le journal "Impact" du 18 août 1978 : OBJECTIF : MAINTENANT LA PAROLE EST A SERGE PATIENT

Au delà des formations politiques, des chapelles, partis et autres groupuscules qui séparent, divisent les guyanais, cultivant à plaisir le sectarisme le plus étroit l'intolérance la plus totale, Serge PATIENT prône la réconciliation. Conseiller général de Kourou depuis 1973, Président du Conseil Régional depuis sa création en 1975, il tente de redéfinir le rôle de l'élu qui se doit de défendre les intérêts de la Guyane plutôt que de se mettre au service d'une idéologie. Régionaliste convaincu, Serge PATIENT est favorable à une évolution du statut actuel mais tout en restant dans le cadre de la République. Il récuse totalement les notions de droite et de gauche importées de France et les remplace par les qualificatifs de "conservateurs" et de "progressistes". Comme Hugues SIRDER, Serge PATIENT a appartenu à I'UPG, ce parti aujourd'hui disparu mais dont les idées , bien vivantes, sont reprises par différents courants de la vie politique locale. En donnant la parole au Président du Conseil Régional, IMPACT n'entend pas cautionner un homme mais tout simplement oeuvrer dans le sens de la liberté d'expression et par le fait même de la démocratie. Car, est-il normal que depuis tant d'années aucun organe d'in formation quel qu'il soit n'ait donné la parole à l'élu comme au poète et à l'écrivain ?

M. SERGE PATIENT, VOUS N'ETES PAS SANS IGNORER QUE LORSQUE L'ON PARLE DES PROCHAINES ELECTIONS SENATORIALES EN GUYANE, BEAUCOUP DE PERSONNES PENSENT A VOUS ?

A mon avis, c'est normal. En 1971 j'étais candidat comme suppléant de GUERIL. Ce dernier étant décédé, certains guyanais pensent que normalement je devrais briquer ce poste en 1980. Je tiens à dire dès à présent que si je suis réélu aux élections cantonales de l'année prochaine, je serais très vraisemblablement aux sénatoriales.

VOUS PRENEZ LES DEVANTS AFIN D'APPARAITRE COMME LE CANDIDAT UNIQUE DE LA MAJORITE ?

La question n'est pas là. Il ne s'agit pas pour moi de faire des calculs. Je serai candidat et je ne m'effacerai devant qui que ce soit. Mes collègues au conseil général peuvent juger de mes qualités, de mon travail et apprécier si oui ou non je remplis les conditions pour être un sénateur utile pour son pays. je ne me présente contre personne, ni contre le PSG ni contre aucun autre parti.

LES PROCHAINES ELECTIONS CANTONALES NE SEMBLENT PAS ETRE POUR VOUS UNE SOURCE D'INQUIETUDE?

En effet je reste optimiste. Mes électeurs n 'ont pas, à mon avis, de raisons de se plaindre de mon action. Pour l'instant, je n'ai pas d'adversaire déclaré

N'AVEZ-VOUS JAMAIS ETE TENTE PAR LA FONCTION DE MAIRE ?

C'est une fonction très accaparante, or, je pense être suffisamment absorbé par celles de proviseur et d'élu. L 'important réside dans la parfaite entente entre le maire et le conseiller général. C'est le cas pour Kourou entre Mr Rimane et moi

COMMENT DEVIENT-ON PROVISEUR D'UN LYCEE?

Je vais tenter de résumer ma carrière dans l'enseignement. Ayant obtenu mon CAPES d'espagnol et effectué mes stages de professeur dans trois lycées parisiens, je suis revenu eu Guyane, affecté en octobre 1958 au lycée de Cayenne. Interruption en juillet 1960 pour le service militaire que j'effectue comme infirmier en métropole, en Guyane et en Martinique. Je ne reprends mon service comme enseignant qu'en octobre 1974, je suis promu proviseur lorsque celui-ci se transforme eu lycée

POURQUOI AVOIR CHOISI LE PROFESSORAT?

Mon rêve secret était de devenir architecte. Mais à l'époque je venais d'avoir 17 ans et j'étais bachelier. J'ai obéi à mes parents et je suis parti à Paris effectuer des études de lettres. Elève complet, je pense que j'aurais pu m'orienter vers d'autres branches. Ensuite à la Sorbonne, à l'institut d'études hispaniques, j'obtenais ma licence d'espagnol, un diplôme d'études supérieures de lettres et mon CAPES. j'ai d'ailleurs été reçu dans les premiers à ce concours national.

C'EST DE CETTE EPOQUE DATE VOTRE ENGAGEMENT POLITIQUE

Effectivement. Il faut se souvenir que la loi-cadre de Defferre en 1956 apporte un progrès quant au statut des territoires français d'Afrique. A partir de cette période, la France reconnaît aux peuples d'outre-mer un droit de regard sur leurs propres affaires. Toutefois si on assiste à une évolution du statut des territoires, il n'en est p as de même des départements d'outre-mer et en particulier de la Guyane. Or, la départementalisation n'a pas aboli toutes les séquelles coloniales. L'UEG, dont j'occupais à l'époque la présidence pensait que le problème guyanais ne devait pas seulement être posé en termes de croissance économique mais aussi eu termes politico-administratifs. En 1954 nous créons le CGASP (Comite guyanais d'action sociale et politique). De retour au pays nous nous. transformons en parti politique. Ce sera l'UPG

POURQUOI NE PAS AVOIR REJOINT UN PARTI DEJA EXISTANT

Nous étions favorables à l'autonomie de gestion. Nous pensions que la départementalisation ne permettait pas l'épanouissement de l'individu. Il fallait trouver un autre cadre juridique tout en restant au sein de la République française. Or aucun parti d'opposition ne correspondait à nos aspiration. Il faut se souvenir qu'à cette époque, Justin CATAYEE n'arrivait pas définir ce qu'il entendait par statut spécial.

QUEL ETAIT L'EVENTAIL PARTI AN DANS LES DEBUTS DE LA CINQUIEME REPUBLIQUE ?

Je tiens tout d'abord à ouvrir une parenthèse, les notions de droite et de gauche n 'ont guère de signification en Guyane et je ne souhaite pas les employer. Il existe demis notre département un courent "conservateur" favorable au gouvernement au pouvoir, quel que soit ce gouvernement d'ailleurs. La clientèle qui s'était retrouvée après la guerre derrière Monnerville suivait le député UNR de l'époque, Gaumont. Après la mort de Jadfard, le courant socialiste avait éclaté en différentes tendances. Quelques hommes comme Auguste HORTH ou mon père jules PATIENT avait fondé la SFIO. Dans les années 58-60, celle-ci défendait des thèses départementalistes. Dans l'opposition, en dehors de PSG de CATAYEE, il n'existait que le PPG (Parti Progressiste Guyanais,) de Miron et le Réveil Progressiste. Si certaines personnes étaient à cette époque " autonomistes de cœur " aucune ne l'exprimait publiquement.

L'ENTENTE NE SEMBLAIT PAS REGNER ENTRE L'UPG ET CATAYEE?

Du moins au début; ce n 'est pas l'UNR mais Catayée qui a tenté de nous faire passer pour des "séparatistes". Le fondateur du PSG était d'abord un démagogue, un opportuniste. Il faut se souvenir qu'en 1958, il prônait le NON au référendum. Il lui a suffi d'une discussion avec Malraux pour changer d'avis ! Toutefois, je crois qu'il est mort alors qu'il prenait conscience de certaines réalités et notamment de la justesse de nos analyses. Catayée nous avait propose de signer un protocole d'accord. Nous devions mettre en commun nos moyens d'action en particulier nos organes de presse, "Debout Guyane" e t "Conscience Guyanaisee". Malheureusement, après sa disparition, cette tentative de rapprochement n'a pas eu de suite. Chacun se souvient de la création du Front Démocratique et de son échec. En 1967, Léopold HEDER député depuis 1962, est battu par RIVIEREZ. Depuis, jamais le PSG n 'a réussi à faire élire un candidat aux élections législatives.

EN 1960, C'EST LA DEUXIEME VISITE DU GENERAL DE GAULLE EN GUYANE

Oui et le président de la République reconnaît le droit de la Guyane à une certaine autonomie. Les ordonnances d'avril 1960 accordent d'autres compétences au conseil général. Il est consulté sur tous projets de lois et de décrets relatifs à l'adaptation en faveur du département, de la législation et de la réglementation métropolitaine. Il peut en outre soumettre lui-même des propositions d'adaptation au gouvernement. Il décide l'affectation des crédits du FIDOM local etc

L'UPG NE PRECHE DONC PAS DANS LE VIDE

Absolument. Nous avons été les premiers à organiser des séminaires, des clubs de réflexion. En octobre 1960, nous réussissons à réunir autour d'une même table tous les pamtis politiques y compris l'UNR. Tous les participants ont signé un texte que je considère comme la chartre de la Guyane. Je vous en livre le contenu. Le rapporteur était Hugues Sirder :
"AUSSI BIEN, A AUCUN MOMMENT, IL N'EST VENU A L'ESPRIT DES COMISSAIRES DE METTRE EN CAUSE LA SOUVERA/NETÉ DE LA FRANCE. ET MIEUX, AUCUN DE NOUS, N'A PENSÉ QUE LA NOUVELLE COLLECTIVITÉ TERRITORIALE N'ALLAIT PLUS FAIRE PARTIEE INTÉGRANTE DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE. PAR CONTRE NOUS AVONS ÉTÉ UNANIMES A ESTIMER QU'UNE LARGE LIBERTÉ D'ACTION DEVAIT ETRE LAISSÉE AUX GUYANAIS POUR LA BONNE GESTION DES AFFAIRES STRICTEMENT LOCALES, DES L'INSTANT OU CELLE-CI AVAIT TRAIT AU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE DE NOTRE PAYS".
C'est ainsi qu'après discussions, la sous-commission s'est arrêtée à la définition suivante :
LA GUYANE FRANÇAISE REPRÉSENTE UNE COLLECTIVITÉ TERRITORIALE DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. ELLE jOUIT DE L 'AUTONOMIE DE GESTION. CETTE COLLECTIVITÉ EST APPELÉE RÉGION GUYANAISE".
Nous étions d'accord sur un projet commun. Ce texte tend à prouver que l'on peut avoir une discussion politique sans s'injurier. Je pense sincèrement que ce texte petit réunir encore une grande majorité de Guyanais

COMME HUGUES SIRDER, ÉGALEMENT ANCIEN MEMBRE DE L'UPG VOUS CONSIDEREZ QUE VOTRE ACTION A ÉTÉ POSITIVE SUR BIEN DES PLANS

Absolument ; notre journal "Conscience Guyanaise" était d'une haute tenue intellectuelle, chacune de ses parutions avait l'effet d'un pavé dans la mare. L 'U.P.G a apporté des idées neuves dans le pays. Sur ce point nous avons magnifiquement réussi

TOUTEFOIS, VOUS AVEZ SUBI DES ÉCHECS ÉLECTORAUX

Non, je récuse le terme d'échec. Il. faut considérer d'abord les candidatures de principe. Sirder s'est présenté contre Gaye nonî pour gagner mais pour témoigner que le PSG n'avait pas le monopole des idées de gauche. Il a livré une bataille d'idées. L 'UPC n'avait pas vocation d'être minoritaire Nous nous battions sans injurier nos adversaires. Le respect et la considération restent des éléments essentiels.
En ce qui concerne la candidature de Léonço dans le canton Nord-Est de Cayenne, il faut se souvenir qu'il est arrivé en deuxième position derrière Harmois. Moi-même, je talonnais Mèthon à Rémire-MontJoly d'une trentaine de voix. Henriot réalisait un score honorable contre Barrat.

RESTEZ-VOUS FIDELE A L'UPG

Certainement. Le parti est en sommeil, chacun d'entre nous a continué la lutte de son côté. Pour ma part, je ne renie pas du tout l'UPG et je reste fidèle à son idéal. A Kourou, les électeurs ont voté pour moi en toute connaissance de cause. Je tiens d'ailleurs à préciser que les métropolitains comprennent très bien la nécessité d'une véritable région guyanaise

CETTE REGION GUYANE N'EXISTE PAS

Pas encore. A mon avis la régionalisation permet de concilier nos deux préoccupations : . rester dans le cadre de la République et obtenir un droit de regard et d'intervention direct sur nos propres affaires. La région est une institution évolutive. Je reconnais qu'elle reste à créer. Actuellement, il existe deux assemblées, le conseil général et le conseil régional : c'est ami luxe débilitant. Pourquoi ne pas les fondre dans une seule assemblée élue au suffrage universel ? Notre but est de participer, de ne pas être les acteurs passifs de notre propre histoire.

VOUS ETES CONTRE L'INDÉPENDANCE

Je considère que l'autonomie de gestion est un mot d'ordre dépasse. En ce qui concerne l'indépendance, il est vain d'en parler, et même dangereux. Nous ne sommes que 60 000 habitants et donc une proie facile pour n'importe quel voisin. En étant optimiste, nous ne serons qu'environ 300 000 dans cinquante ans. A quoi bon passer d'ami colonialisme à l'autre..
Je ne crois pas à un pseudo-sens de l'histoire, l'indépendance n'est pas une fatalité. Par contre nous pouvons appartenir à la France en dehors du système départemental, construire une vie guyanaise et française. Pour quelle raison ne pourrions nous pas nous épanouir dans l'ensemble français ?

D'OU VIENT VOTRE ATTACHEMENT A LA PRESENCE FRANÇAISE, EST-ELLE MOTIVÉE PAR LES AVANTAGES SOCIAUX ?

Absolument pas. Cet attachement "alimentaire" est minable. Je suis attaché à la culture française, à la langue à la manière de vivre. Pour l'opposition, l'autonomie ou l'indépendance ne serait qu'un divorce avec pension alimentaire. Elle demande que la France garantisse certains privilèges, c'est un comble !

VOUS N'ETES PAS TENDRE POUR LES EXTREMISTES

On doit se battre pour des buts accessibles. Je ne pense pas qu'il y ait des extrémistes responsables. A la limite, on peut se demander si certains indépendantistes ne sont pas des provocateurs…

QUE PENSEZ-VOUS DE LA GAUCHE FRANÇAISE?

Je dénonce son "fraternalisme". Pour elle, seules les idées de gauche seraient assimilables par les habitants des DOM-TOM.

ET DES MOUVEMENTS AUTONOMISTES DANS CERTAINES RÉGIONS FRANÇAISES ?

Il existe actuellement une aspiration à prendre en charge ses propres affaires. On retrouve cette tendance en Corse ou en Bretagne. A mon avis, le pouvoir central ne peut pas décentraliser dans cas régions sans le faire en Guyane. Nous devons suivre le mouvement. Je le répète, une véritable régionalisation peut permettre la participation de tous les individus à la gestion de leur pays. Elle ne doit pas niveler les différences mais au contraire reconnaître la spécificité de chacun. Partout perce le désir de se prendre en charge, de devenir responsable. Nous ne sommes qu'au début de " l'aventure régionale ".
En Guyane, les départementalistes sont honteux, au mot départementalisation ils accolent l'adjectif économique. Ils sentent que la population demande des aménagements sinon des changements . Il faut prévoir un cadre neuf.

VOUS N'ETES PAS MARXISTE

Le monde actuel ne serait pas analysable sans le marxisme. Celui-ci reste un instrument de travail indispensable Toutefois il ne faut pas confondre socialisme et stalinisme, que je condamne tout comme le culte de la personnalité. Certains tentent de plaquer le mythe du prolétariat sur les DOM. Or la société guyanaise par exemple est constitué principalement de petits fonctionnaires et non de prolétaires, de paysans. Il serait donc aberrant de mener une politique qui se voudrait ouvriériste.
Dans ce département, un homme de gauche est celui qui est désireux d'obtenir un changement raisonnable, par contre j'appelle hommes de droite tous les conservateurs, qu'ils se disent de droite ou de gauche.

ON A L'HABITUDE DE DIRE EN GUYANE QU'A GAUCHE RIEN N'EST POSSIBLE AVEC OU SANS LE P.S.G.

Il convient de distinguer l'état major du parti et sa clientèle électorale. Le premier ignore totalement les plus élémentaires notions de démocratie. Le PSG n'a jamais tenu un seul congrès depuis se création. Il est traumatisé par la mort de son secrétaire généraI, Léopold Héder. Sa disparition provoque incontestablement un vide. En ce qui concerna la base du parti on ne peut qu'admirer son enthousiasme, son esprit de discipline. Toutefois la PSG a cessé d'attirer les jeunes depuis longtemps et connaît une crise intérieure, qu'en ressortira-t-il ?

VA-T-IL RADICALISER SES POSITIONS ?

Le PSG peut effectivement prendre des positions extrémistes. Dans ce cas, il n 'aura plus de prise sur le réel. Faire de la politique consiste d'abord à prendre sas responsabilités non à faire de la délectation morose ou à casser des vitrines. Vous connaissez la boutade :. deux extrémistes égalent un parti, trois équivalent à une scission…. . . Le PSG peut également éclater en s'embourgeoisant. ll faut remarquer qu'à Cayenne l'équipe municipal de Héder perdit de se crédibilité et n'était plus majoritaire. Néanmoins les électeurs ne trouvant personne en face, considéraient Héder comme un moindre mal.

COMMENT PEUT-ON ETRE UN ÉLU INDÉPENDANT ?

Je préfère le mot de non-inscrit cela me permet d'avoir une entière liberté d'appréciation, et de ne pas être inféodé à un parti. Mon seul et unique but est d'aller dans le sens des intérêts de la Guyane. Las étiquettes constituent des obstacles au dialogue. Il faut supprimer l'intolérance, le sectarisme ; les mœurs politiques se dégradent. J'ai d'intéressantes discussions en privé avec des amis appartenant au PSG comme au RPR, pourquoi ne pourrions-nous pas en avoir également en public ?

ON ACCUSE LES ÉLUS DE LA MAJORITÉ D'ETRE INFÉODÉ AU POUVOIR, QU'EN PENSEZ-VOUS?

Je ne suis pas d'accord. J'ai eu l'occasion de recevoir plusieurs ministres. Tout en restant correct, je leur ai dit ce que je pensais et je ne suis pas le seul, , nos discours sont loin d'être conformistes. Depuis que HO-A -CHUCK est président du Conseil général aucune motion ne parle d'Attachement indéfectible à la France. En Guyane, nous ne pouvons pas exprimer notre opinion pour la seule et bonne raison qu'il n 'exista pas de presse.

C'EST-A-DIRE?

Pour vous donner un exemple je suis le représentant de la Guyane du FORMA, eh bien, lorsque je pars an France, aux frais des contribuables, pour représenter cet organisme, il serait normal que la presse s'intéresse à mon déplacement, ce n'est pas le cas. Je trouva également stupide que FR3 donne toujours las mêmes images du conseil général, pourquoi gâchent-ils autant de pellicule ? Il serait plus intéressant de faire une synthèse de la session ou d'interviewer les conseillers plutôt que de filmer toujours leurs visages.

ON CONNAIT ÉGALEMENT UN SERGE PATIENT ÉCRIVAIN

Qui n'est pas un individu différent du Serge Patient Homme politique. J'ai toujours aimé écrire. Au lycée je publiais déjà des poèmes dans une revue éphémère intitulée "le mercure lycéen", puis j'ai participé au bulletin de l'UEG sous forme de nouvelles d'essais ou de poèmes pendant sept aminées. En 1958-59, la revue "Présence Africaine" m'ouvre sas colonnes.

ON CONNAIT SURTOUT DE VOUS LE NEGRE DU GOUVERNEUR, UN ESSAI INTÉRESSANT MAIS INACHEVÉ ET NON TRANSFORMÉ.

Effectivement, le Nègre du Gouverneur est une histoire fictive sur un fond historique. Elle se déroule au début du XlXe siècle. J'ai profité d'un congé pour mettra an forme ce roman, mais j'ai dû bâcler la fin qui peut paraître ambiguë. J'ai également publié un recueil de poèmes "Le mal du pays". L'année prochaine un second intitulé "Cayenne et après" devrait normalement sortir. Je prépare un nouveau roman "Manioc", une évocation de la commune de Mana depuis sa fondation.

EXISTE-T-IL UNE LITTÉRATURE GUYANAISE? Je dirais qu'il existe des écrivains guyanais dont la thème principal d'inspiration reste la Guyane. En dehors de Juminer ou de Stephenson, je voudrais citer Christian RolIé, Michel AIimeck, Denis Horth ou Edward Blasse. Il faut beaucoup de mérite pour éditer à compte d'auteur.
La littérature ou la poésie Guyanaise diffère de celles des Antilles. La nature, forêt; fleuves, écrasent l'individu. Nous n'essayons pas de faire "joli", nous recherchons avant tout ce qu'il y a de profond. QUELLE EST LA QUESTION QUE JE NE VOUS AI PAS POSÉE ET QUE VOUS AURIEZ AIMÉ QUE JE VOUS POSE ?

Quelle est la Guyane que connaîtra mon fils ? C'est une question que je--me pose souvent. J'espère qu'il vivra dans un pays où les querelles politiques se seront apaisées, qui sera assez prospère économiquement mais une Guyane pas TROP heureuse afin qu'il ait toujours envie de vouloir faire quelque chose pour son pays.