Michel Lohier (1891-1973)

 


Livre réédité aux Editions Caribéennes en 1980
dans le cadre des manifestations organisées par le Service Culturel Départemental de la Guyane,
pour "L'Année du Patrimoine" (année 1980)

La commune d'Iracoubo évoque plusieurs noms dont en particulier, celui de Michel Lohier.
Michel Lohier est né le 24 janvier 1891 à Iracoubo. Il passe son enfance et son adolescence dans cette commune. Après son Certificat d'Etudes Primaires. titulaire d'une bourse, Michel Lohier poursuit ses études à Cayenne où il obtient son Brevet Elémentaire.
Entré dans la vie active, il souhaite devenir instituteur.
Il se livre d'abord à Iracoubo à des activités commerciales en faisant du troc de marchandises diverses contre du balata et du bois de rose avec les Indiens de la région. Après un bref service militaire, il devient agent des Douanes.
En 1916, enfin, son vœu est exaucé et il obtient sa nomination comme instituteur stagiaire -à Mana. Il est ensuite affecté respectivement à Iracoubo, puis à Mana en qualité de Directeur et enfin à Cayenne en 1928.
En 1929, Michel Lohier part en métropole en congé avec son épouse il en profite pour accroître ses connaissances par la fréquentation assidue du Muséum d'Histoire naturelle à Paris.
En 1932, sa carrière d'instituteur emprunte une orientation particulière. En effet, M. Lamy, Gouverneur de la Guyane, le charge de préparer aux Archives les fêtes du Tricentenaire des Antilles et de la Guyane
Ainsi commence pour lui la découverte de l'histoire de notre pays. Michel Lohier est dans le même temps, Directeur de la revue "Parallèle 5", créée en 1950. Le moment est venu pour lui de donner une diffusion plus large des connaissances qu'il a acquises sur le pays, car "Parallèle 5" ne sera pas uniquement lu en Guyane. Il aura de nombreux lecteurs à L'extérieur. Dans ce journal, Michel Lohier entreprend de faire l'historique des différentes communes de présenter la biographie des personnages qui ont marqué la Guyane, leur époque, ainsi que ceux qui jouent un rôle important dans la vie du département. En outre, il publie en créole, sous le pseudonyme d'IRAC OUBO, les contes et légendes que lui avait relatés sa grand-mère et tous les doyens qu'il avait consultés.
Le Directeur de l'Imprimerie Départementale, lui conseille de faire un recueil de ces contes et légendes. Il le fait en ajoutant la traduction en français.
Quoi qu'il en soit, ce travail de transcription publié dans "Parallèle 5" et son recueil constitueront l'œuvre capitale de Michel Lohier qui reste placé parmi les premiers auteurs guyanais à avoir donné une dimension littéraire à notre tradition orale et ainsi avoir sauvé un pan important de notre patrimoine culturel.
Il obtient aussi la direction du Musée Local et de la Bibliothèque Alexandre Franconie.
A la retraite, Michel Lohier se consacre encore à la Guyane : à travers les quotidiens locaux "Radio Presse", puis "La Presse de Guyane".
Il s'occupe de folklore et compose une "VaIse-Gragé" qu'il dédie au Président de La République le GénéraL de GauIle. Ami de Robert Vignon, Michel Lohier crée avec lui "La Jeune Guyane".
Il contribue à l'administration de sa chère commune Iracoubo en assurant les fonctions de Conseiller Municipal
Il publie plusieurs ouvrages : "Mana et la Mère Javouhey' : "Les grandes étapes de l'histoire de la Guyane Française" "Les mémoires de Michel" publié en 1972.
Il continue d'écrire quand la mort le frappe le 1er novembre 1973.
IL venait d'achever la traduction du livre "Atipa", premier roman en créole écrit en 1885 par Alfred Parepou.

TIG KÉ MOUN', un conte de Michel Lohier
Tig, oune jou, ka flaté so kò bay Makak'
-" Makak, di Tig, mo sa rwè di péyi'a
Pésonn' pa fô pasé mo. A mo ka koumandé !
-Nonk ! di Makak' Es ou ja kontré ké Moun' ?
-A kisa ki Moun', di Tig ?
-Sa pa difisil ! Vini ké mo dimen bonmanten koté Moun ka pasé. Ou ké fè so konésans.
Landimen, Makak mennen Tig ôbô oun chimen koté Mounka pasé é pi limenm monté roun piébwa.
Yé rété, yé rété, yé wè oun' ti garson ka vini.
-A sa ki sa Moun', di Tig ?
-Non Nonk
A pitit' di Moun'.
Oun' fanm pasé a so tou.
-Makak, di Tig, a Moun' sala ?
-Non, Nonk, a manman Moun'.
Di lwen, yé wè parèt oun chasô, so, fizi asou so zépol, so sab a so fouro.
-Nonk, mé Moun' di Makak.
Tig soti di kachèt koté li té fika, vansé en mitan chimen'a, ka antan' Moun'.
A té chasô du Rwè. Kan li apersouvwè Tig, li maché asou li.
Tig pran so posisyon di komba, senti lôdô chasô, li koumansé roumen so laguio.
Chasô di " Mé pou to " Daou ! Tig fè roun so ; chasô doublé so kou.
Tig blésé, rivé asou chasô pour volé anlè li.
Chasô tiré so sab. Ou tandé " gnan ". Dèriè Tig fandé en dé !
Tig, a oun'viand' kid dou. Malgré dé kou d'fizi, ké roun' kou d'sab, Rosias trouvé fors pou li kouri.
Li rantré la banbwa.
Chasô di Rwé ki té soti san chyen abandonen Tig.
Makak anlè bwa asisté a tout' komba'a. Li suiv' Tig. Li trouvé li andan oun racaba bwa ka soufri.
-É byen Nonk, di Makak. Kouman ou trouvé Moun' ?
Ay ! Makak, pa palé. Moun montré mo dé fwè so dwèt. Mo santi tout' mo kò ka boulé. Oun ta gren'n cho entré a mo lachè. To konèt mo ? Mo brav' Mo vansé kant menm asou li.
A ! Makak ! Moun tiré oun pwèl di so kiou, li manké mo tèt', li pran mo a mo dèriè ! Gadé mo gogo !
A Bon Guié ki bay mo moso fors, san sa li té ké gen mo lapo.
Mo pa gen lontan pou mo viv' ankò.
Randé mo oun dernié servis, Makak. Alé dimo fanm ké mo piti' kanvan di mouri, mo ké bay yé konsey :
Di panga MOUN'. MOUN' mové !
IRAC OUBO
Propriété de l'Auteur
Michel LOHIER Cayenne 1960

Iracoubo
Poème de Michel Lohier dédié à Monsieur Edmé Lama, Maire d'Iracoubo
Désirez-vous connaître le fleuve le plus beau ?
N'allez pas le chercher, très loin au bout du monde,
Ni voguer par les mers où ne touche la sonde.
Tout près de vous coule mon fleuve : Iracoubo !
Contemplez, là-bas, le clocher du village,
C'est ma petite église, plus belle entre les belles,
Des synagogues, mosquées, cathédrales ou chapelles,
Rien n'égale sa silhouette et tout lui rend hommage.
Passant, arrête-toi et salue bien bas
Nos héros tombés pour sauve notre France,
Puis lève les yeux, regarde, ne vois-tu pas
Notre Hôtel de Ville, dans toute son élégance ?
C'est notre Mairie, à la silhouette blanche
S'estompant dans notre beau ciel d'Iracoubo.
Sur terre, existe-t-il rien qui soit aussi beau,
Aux yeux de ses enfants ! N'est-ce pas leur Maison Blanche ?