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La rue durant les dimanches du Carnaval appartient aux touloulous. Les voitures restent prudemment loin des artères empruntées par les groupes carnavalesques et lorsqu'elles s'y aventurent c'est à la vitesse que leur imposent tous ceux qui, déguisés ou non, vibrent au rythme de sa Majesté Vaval.
Le carnaval des rues en Guyane est sans doute la forme la plus connue du Carnaval guyanais. D'abord parce que notre Carnaval n'a pas le monopole mondial de ce type de manifestations et surtout parce que cette forme de fête est populaire, très populaire même, et c'est là encore que cette manifestation se singularise. Nul besoin ici de faire partie d'un groupe constitué, rien n'est imposé ni dans la forme, ni sur le fond. La liberté de s'amuser, de se moquer est totale. Le dimanche, dès 15 heures, les premiers touloulous prennent possession de leur territoire. Seuls, en groupes, en bandes, avec ou sans musique, avec ou sans percussion, à pied mais aussi à vélo, en voiture ou même parfois en tracteur, les touloulous se montrent, s'exhibent font des " mimes ". Le public, car sans public il n'y a plus de plaisir, se prend au jeu, répond aux sollicitations des uns ou des autres. Le touloulou des rues est un personnage à multiples facettes : Il peut être seul, possesseur d'un trésor qu'il vous montrera moyennant finance par exemple, ou se promenant d'un spectateur à l'autre lui parlant en contrefaisant sa voix.
Mais le touloulou est, le plus souvent un " animal grégaire " qui aime à se montrer en groupe. Dépenaillés, travestis ou tirés à quatre épingles, les groupes de touloulous présentent autant de diversités que la population guyanaise. Attachés à la tradition ou se faisant l'écho de l'actualité sociale ou politique, ces groupes de touloulous des rues chantent, dansent et telles de formidables soupapes de sécurités, ils expriment bien haut ce que chacun pense tout bas.
Le touloulou des rues est à l'image de chacun de nous. Il est nous. Tous les costumes, anciens ou modernes, appartiennent à la mémoire collective de chacun. En Guyane, nul n'est carnavalier de métier. Car le carnaval des rues n'est pas un métier, il est l'expression de la pensée individuelle et collective. Tel, qui aujourd'hui regarde défiler les touloulous dans la rue, sera lui-même dans la rue demain.
Si pour défiler, on n'a besoin d'aucune permission, chaque touloulou respecte pour autant les règles non imposées mais acceptées du Carnaval. Pas d'armes, pas de coup, pas de violence.
Si on défile librement, on défile aussi à tout âge. Tout petit ou tout grand pas d'exclusion. Le Carnaval des rues, c'est la liberté pour tous.