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" Jean était - dit-elle - un enfant hypersensible ; sa
tendre enfance dégage les traits marquants de sa
personnalité ; tous parle de sa bonté, de sa
générosité, sensible à la moindre
remarque, son petit coeur vibrait même de façon peu
coutumière chez un enfant... Jean était particulièrement attentif aux
injonctions de la morale et de la religion.... " Très jeune se manifeste chez Jean Galmot le goût de
la méditation, du travail et de l'aventure. Il ne pose pas de problème à ses parents sur le plan
scolaire : qu'il s'agisse du petit séminaire de Bergerac,
où son père l'y a inscrit, qu'il s'agisse de l'Ecole du
Sacré Coeur d'Issoudin où il est admis en pension
à 12 ans, qu'il s'agisse du lycée d'Evreux et enfin du
lycée Malherbe à Caen, où il prépare le
concours d'entrée à l'Ecole Normale Supérieure.
Aucun maître ne s'est plaint de lui ni ne répercute
auprès de ses parents quelque appréciation
défavorable. C'est un élève discipliné,
sérieux. A preuve, cet éloge du proviseur du
lycée Malherbe : " ... l'élève Galmot a des
habitudes de travail et de discipline qui constituent de
sérieuses garanties pour l'avenir ". Il présente des aptitudes particulières pour les
Lettres. D'ailleurs, en classe deseconde, il obtient le Prix
d'Excellence de rhétorique. De plus, très tôt, il
parle bien l'italien, l'anglais et l'allemand. Il abandonne la préparation à l'entrée de
l'Ecole Normale Supérieure. Les faibles moyens de la famille
eu égard à ses charges et la conscience qu'il a de
cette situation y sont pour quelque chose. Il faut ajouter que Jean
Galmot ne peut plus résister à son désir
d'action, à sa soif d'aventure, à son goût des
voyages, à son appétit de paysages nouveaux. Aussi, Jean Galmot n'a pas encore 20 ans qu'il se lance dans la
vie active. Il est tout d'abord précepteur à Saint-Die, dans les
Vosges ; à San-Remo, en Italie. Il est ensuite
rédacteur au " Petit Niçois " où il fait
ses premiers pas dans le journalisme. Sa collaboration au journal est
loin d'être négligeable. A en croire son
rédacteur en chef que Blaise Cendrars a interrogé, sa
collaboration au " Petit Niçois " en aurait accru
considérablement le tirage. Ce n'est pas étonnant
puisque Jean Galmot y fait paraître plusieurs écrits,
fruits de son imagination fertile : " L'Histoire du Calabrais, le satyre de l'Esterel ", "
Les Bandits de Pegomas ", " La Redoute Rouge "
où il donne dans le canular et même dans
l'érotisme. Les activités journalistiques de Jean Galmot le font
connaître et remarquer. Elles lui donnent accès à
la vie mondaine, au monde politique. Les salons de la Côte d'Azur ne lui sont pas
étrangers. Pendant cette période mouvementée, il rencontre
Marianne Hyedecker, une riche américaine née à
Paris dont le père était Consul des Etats-Unis en
Russie. Jean Galmot l'épouse en 1906 et, la même
année, il quitte la France à destination de la Guyane
où son beau-père possède le Placer
Elysée, dans la Mana. Son déplacement est motivé, semble-t-il, par les
raisons suivantes : - s'enquérir des conditions d'exploitation du Placer
Elysée et, au besoin, poursuivre et développer cette
exploitation ; - rédiger une étude sur le Guyane que lui aurait
demandé le Ministère des Colonies ; - trouver dans ce pays mystérieux matière à
plusieurs articles susceptibles d'intéresser des
périodiques métropolitains. De fait, il publiera en France et dans différents journaux,
plusieurs articles intéressants sur la Guyane qui vont
accroître sa notoriété. En Guyane, dès son arrivée en 1906, Jean Galmot se
rend au Placer Elysée. Ce déplacement le met en contact
direct avec la forêt, la jungle, agira sur lui comme un coup de
foudre. Cette passion qui, petit à petit, va s'emparer de tout
son être, il la fait partager dans " Quelle étrange
histoire ". De plus, il en parle tout autour de lui au point que
Louis Chadourne, un de ses secrétaires, s'en fera
l'écho en lui prêtant les paroles suivantes à
l'adresse d'un interlocuteur, dans " Le pot au noir " : "
... je n'ai jamais été aussi heureux que dans le bois.
Le bois, c'est la jungle de là-bas. J'y ai vécu des
heures de fièvre qui valent les plus belles aventures d'amour,
- celles que je n'ai pas connues. Vous êtes un civilisé,
vous ! vous ignorez les joies de la forêt, les semaines en
pirogues sur les fleuves et les rivières, immobile,
courbé sous un ciel de plomb, suivant du coin de l'oeil le
sillage des caïmans, fidèles compagnons de route ; la
marche, le sabre à la main, à travers les lianes et les
bambous ; le marécage pourri d'insectes où l'on enfonce
jusqu'à la ceinture, la riche puanteur du bois après la
pluie ; le bond de la pirogue sur les rapides fumants ; la rauque
mélopée des pagayeurs dans le soir ; vous ne connaissez
pas la nuit sur la jungle, le silence grouillant de menaces obscures
; le frôlement mou des vampires et le cri obsédant du
crapaud-boeurf. Et, surtout, vous ne connaissez pas cette ivresse du
danger et de la solitude, l'homme colleté avec le destin et
qui le terrasse. La vie ! C'est dans la jungle que vous sentez son souffle sur
la nuque, et non dans votre Europe hystérique et
étiolée. Ah ! C'est une forte haleine et qui pue la charogne. La jungle
est un charnier : hommes, bêtes et plantes nourrissent son
humus et, toute cette corruption fermente sous la voûte
épaisse des feuilles. Que de fois et avec quelle
volupté je l'ai humée, cette tiédeur
étouffante de la forêt où se confondaient toutes
les odeurs de la création ! Deux arômes terribles
dominaient : celui de la semence et celui de la mort... Sur chaque
branche, dans chaque touffe d'herbes tapie dans le taillis de
bambous, sous l'ombrage glauque du manguier ou du mancenillier, je
les ai flairés comme un chien sur la piste. Si vous franchissez le seuil de la jungle, vous toucherez de
votre paume le mystère chaud de l'existence. Des fruits éclatants pendant aux branches ; ils sont
empoisonnés. Des fleurs veloutées comme des prunelles
et désirables comme des sexes palmitent dans l'ombre ! Elles
vous tuent. Des mouches irrisées comme des pierreries vous
pourrissent d'ulcères. Les racines des plantes
nourricières donnent la mort. La mort infatigable hante cette
inépuisable fécondité... " Imprégné d'un tel amour pour le bois, si plein
d'enseignement de la vie et des hommes, on comprend que Jean Galmot
ne fasse que de brefs séjours en Métropole. Il devient le Fondé de Pouvoirs de la Maison Chiris
& Cie. Les Chiris sont financièrement puissants. Ils font
confiance au dynamique Jean. Ils lui ont offert des capitaux qui lui
ont permis d'ouvrir un comptoir en Guyane. Les activités en
cause concernent l'exploitation du bois de rose. Les camarades de forêt de Jean Galmot ne tardent pas
à devenir les clients de la Maison. Il traite avec eux, dans un esprit d'équité et cette
réputation qui l'entoure développe
considérablement l'affaire Chiris. On veut travailler avec Galmot parcequ'il est
généreux, parcequ'il connaît le prix de l'effort
et qu'il l'acquitte à sa juste valeur. De plus, il informe ses
interlocuteurs de leurs droits sociaux et paye d'exemple en ce
domaine. Cette sollicitude à l'égard de son prochain fait
écho. La réputation qui en résulte gagne la
Guyane toute entière, de sorte que déjà, on
commence à l'appeler " Papa Galmot ". Il ne tarde pas à ressentir l'ambition de créer sa
propre affaire, d'en finir avec sa condition de " brillant second ".
Il fait une première tentative qui échoue.
Force lui est de constater que " le domaine colonial de la France
appartient à un petit groupe de grandes firmes qui
contrôlent la vie économique de notre empire
d'Outre-Mer. Les maisons syndiquées n'admettent aucune
concurrence ". Ne se décourageant pas, il prend une nouvelle
initiative en 1915. Aidé d'une banque commanditaire, il fonde à Paris
les Etablissements Jean Galmot qui ouvriront des succursales en
Guyane. L'expansion de son affaire se trouve favorisée par les
circonstances. Nous sommes en temps de guerre et la vente de certains produits
est particulièrement bénéfique. C'est le cas
notamment du rhum. Or, Jean Galmot est devenu le principal
fournisseur de l'Armée pour ce breuvage destiné aux
soldats de front. L'ascension de son entreprise est fulgurante et présente
quant à sa forme et son mode de gestion des aspects originaux.
Son affaire épouse bientôt une dimension mondiale. Certes, ainsi que le dira Gaston Monnerville : " .....
Galmot avait fait saigner à blanc les arbres les plus
accessibles... ", cependant, il n'en demeure pas moins que les
Guyanais conservent une large part des profits réalisés
par Jean Galmot. Ils ne sont pas les seuls d'ailleurs puisque l'un des plus
importants négociants de la Guadeloupe pourra écrire
à cette époque : " ... La prospérité sans
précédent, dans l'histoire coloniale de la Guadeloupe
et de la Martinique, est due à l'activité que M. Galmot
a dépensé pour le dveloppement de l'industrie et du
commerce rhumier. Les capitaux importés dans nos vieilles
colonies, grâce au concours de M. Galmot et distribués
en salaires dans le pays se sont élevés à la
Guadeloupe, à la Martinique et à la Réunion,
à plus de 150 millions... ". Dans la foulée du succès, Jean Galmot multiplie ses
agences. Il dispose d'entrepôts à Paris, au Havre,
à Bordeaux, à Nantes, à Marseille. Son affaire est présente au Vénézuela,
à Panama, à Porto-Rico, à Trinidad, aux Indes,
en Afrique. Il diversifie ses activités. Ainsi, outre la vente du
cacao, du caoutchouc, du rhum, du blé provenant d'Argentine et
qu'il introduit en France, il s'active dans la presse, le livre, la
production cinématographique. Il intervient à maintes
reprises auprès des Ministères en France, pour qu'aux
colonies Françaises fussent crées des lignes
aériennes, afin de faciliter les communications à
l'intérieur et à l'extérieur de ses territoires.
En Guyane, là où un canot mettait de nombreuses
semaines pour se rendre d'un lieu à un autre, l'hydravion
effectuait le même trajet en deux heures. Il est évident qu'une telle puissance a de grandes
répercussions en Guyane. La vie économique est
dominée par Jean Galmot, et, selon une loi bien connue,
l'économique va agir sur la politique... Quand, après la guerre vient le bruit des
élections législatives, on pense tout naturellement
à Jean Galmot. Le candidat sortant est l'ancien Gouverneur de
la Guyane, Albert Grodet qui a été élu en 1910
et maintenu en fonction depuis, en raison de la guerre. Il a subi
l'usure du pouvoir. De plus, une importante partie d'élus locaux vont
entreprendre une démarche auprès de Jean Galmot pour
qu'il se présente aux suffrages des Guyanais. De fait, Jean Galmot se présente aux élections
de 1919, sans étiquette politique, mais avec un programme
qu'il expose sur place durant la campagne électorale, avec un
talent oratoire qu'on ne lui soupçonnait pas. Il s'agit pour les Guyanais de se grouper autour de lui afin de
redresser le pays. Il dénonce la complicité de l'Administration avec
les grandes firmes dont les ententes portent atteinte aux
intérêts des sociétés coloniales et, par
conséquent, aux populations concernées. Ne ferme-t-on pas les yeux sur le rôle des commissionnaires
dans les relations commerciales ? En effet, ceux-ci achètent en dessous des cours " le balate
aux prix de 5 F le kilo " pour le revendre " 30 F " ; passent des "
marchés d'essence de bois de rose à 20 F le kilo alors
que la même quantité se vend en France 150 F le kilo ;
payent le gramme d'or 4 F tandis qu'il vaut 8 ou 9 F ". Il faut en finir avec ces anomalies. Jean Galmot est
prêt à aider les Guyanais. Il offre d'engager sa propre
fortune pour développer le pays. Dans cette perspective, Jean
Galmot promet, entre autres, de financer la mise en fonction d'un
tramway pour le transport de voyageurs et de marchandises. Les déclarations de Galmot enthousiasment la
population charmée par cet accent de sincérité.
A cette époque, Eugène Gober est
déjà un personnage important en Guyane. Dans ces
conditions, il ne lui est pas difficile d'aider Jean Galmot dans son
élection en 1919, face à Albert Grodet. Il emporte largement la victoire dès le premier tout.
Député, Jean Galmot fait partie des non-inscrits au
Parlement, conséquence logique de sa préparation sans
étiquette aux élections et de la
spécificité de l'action qu'il entend développer.
Au Parlement, son acitivité est intense. Il devient
vice-rpésident de la Commission de la Marine Marchande,
secrétaire de la Commission des Colonies et Protectorat,
membre de la Commission des Transports Aériens, du
Comité d'Action Républicaine aux Colonies
Françaises, du Conseil Supérieur des colonies du groupe
des députés coloniaux, secrétaire du groupe de
l'Aviation, membre du groupe du Tourisme et de l'Industrie
Hôtelière, du groupe de Défense Paysanne, du
groupe des Droits de la Femme, du groupe parlementaire de
l'Organisation Régionale, du groupe de Défense des
Officiers Ministériels, du groupe de la Protection des
Finances Publiques, de l'Union Coloniale Française, de
l'Institut Colonial Français, du Conseil Technique pour la
Guyane de la ligue d'Exploitation aux Colonies. Il est rapporteur d'en emprunt tunisien, membre fondateur de la
ligue Franco-Italienne, membre d'honneur de la Presse Parlementaire.
Il est l'auteur d'une proposition de loi portant création
d'une loterie nationale destinée à améliorer la
situation des finances de l'Etat détériorée par
la guerre. Exaltant les richesses de la Guyane, il suggère que
l'avenir économique de cette colonie constitue une sorte de
garantie d'emprunts à contracter à l'étranger au
profit des caisses del'Etat. Ardent promoteur de l'Aviation Civile, il demande la
création de lignes aériennes dans les colonies.
Lui-même organise un tour de France aérien avec ses
propres avions. Hors du Parlement et en Métropole, il est membre d'honneur
ou Président de plusieurs oeuvres, associations, alliances,
unions et syndicats d'initiatives, à Paris, en Dordogne et aux
colonies. Député en Guyane, il multiplie ses succursales
à travers le pays, fait des prêts pour le
développement des industries ; s'associe financièrement
à plusieurs d'entre elles. Il inspire et participe à la création de la "
Société des Transports Aériens Guyanais ". Il provoque l'augmentation du prix de vente du bois de rose, du
balata et de l'or. Tout cela ne fait qu'amplifier la popularité de Jean
Galmot. Cependant, à partir de 1922, il va affronter des
difficultés qui auront des répercussions en Guyane. Il
est éclaboussé par " l'Affaire des Rhums ". De quoi s'agissait-il ? Jean Galmot avait beaucoup spéculé sur le rhum.
L'écoulement étant facile pendant la guerre,
grâce aux commandes de l'Armée, commandes
augmentées au moment où a sévi la grippe
espagnole. Cependant, une fois la guerre terminée et plus
précisément en 1920, les besoins ayant brusquement
diminués et la production ayant augmentée, les cours du
rhum s'effondrent. Or, Jean Galmot s'est endetté. Pour se
tirer de ces embarras financiers, il a recours au warrantage. Il
s'agit d'une opération qui s'éavère illicite et
qui consistait à présenter comme garantie de paiement
des titres constatant le dépôt de marchandises dans des
magasins généraux, en l'occurence des quantités
énormes de rhum. Ces warrants perdent de valeur chaque jour du
fait de la chute du prix du rhum et Jean Galmot se trouve dans
l'impossibilité de faire face à ses obligations. Les concurrents de Jean Galmot l'attaquent aussi bien à la
Chambre des députés que dans la presse. Il résiste à plusieurs accusations ; mais à
la suite d'une plainte émanant de la " Société
des Banques de Provinces ", il est procédé à son
arrestation dans des conditions d'une légalité
douteuse. Son procès a lieu le 17 décembre 1923. Il est
condamné à un an de prison avec sursis, 10.000 F
d'amende et 5 ans de privation d'exercice de ses droits civils. Ces nouvelles sont bien entendu connues en Guyane, mais ses
partisans le croient victimes d'un complot, d'une machination
diabolique. Il n'y a donc pas de raison de l'abandonner. Ce n'est pas le cas d'Eugène Gober qui a déjà
choisi de lâcher un homme qui a trop d'ascendant sur le peuple.
Gober prépare alors son éviction de la scène
politique et celle-ci devra avoir lieu en 1924. Eugène Gober
est puissant. Il tient les urnes mais cela n'est pas suffisant,
encore faut-il que l'Administration, avec toutes ses ramifications,
soit de son côté. On assiste à partir de 1921
à une multitude de mutations, d'affectations de circonstances,
et un déplacement de cinq mois d'Eugène Gober en
Métropole n'est pas sans rapport avec ces différents
mouvements. C'est durant ce séjour en France qu s'effectue
également le choix du candidat à opposer à Jean
Galmot. Il s'agit d'un certain Eugène Lautier. Le moment venu,
tout sera mis en branle, y compris la fraude pour permettre
l'élection de Lautier, laquelle doit avoir lieu le 11 Mai
1924. A partir de ce moment, on multiplie les fraudes à chaque
élection afin d'enlever toute influence de Jean Galmot dans le
pays. Cependant, les partisans de Jean Galmot n'abandonnent pas le
combat et se préparent pour le renouvellement de 1928. A
l'approche de cette échéance, Jean Galmot fait
connaître sa candidature ainsi que celle de son ami Georges
Anquetil, pour qui il invite de voter. Il semble que Jean Galmot
veuille cacher aux Guyanais son inéligibilité
résultant de la condamnation dont il a été
l'objet. Quoi qu'il en soit, ce qui devait arriver, arriva ; la
fraude aidant, Lautier, une fois de plus est élu. Ces résultats inadmissibles provoquent des troubles
à la suite desquelles Eugène Gober sera contraint de
démissionner de ses fonctions de Maire de la ville de Cayenne
et de Président du Conseil Général. Il prendra
la fuite à destination de l'Afrique et l'on ne le verra plus
jamais en Guyane. Quelques temps après, plus précisément le 6
août 1928, Jean Galmot meurt... Benjamin Ullmo a raconté dans son journal les deux
journées qui ont suivi la mort de Jean Galmot " ... Il était sept heures et demi... j'embrassai
Clémence avant de partir au travail, lorsqu'un
libéré qui travaillait chez nous comme jardinier, vint
à moi en courant et me dit : - Galmot est mort ! - Comment, où ça ? - Il est mort à l'hôpital des Soeurs de Saint-Paul
depuis hier soir. On dit qu'il a été
empoisonné... La nouvelle me stupéfia. J'avais quitté mon
travail le samedi soir ; j'avais passé mon dimanche bien
tranquille à la maison. Je ne savais pas que Galmot fut
malade. Et voilà qu'on m'apprenait sa mort.... Je crus d'abord à un faux bruit. Les gens de Cayenne
depuis quelque temps s'échauffaient volontiers à propos
de rien. J'allais me renseigner avant d'aller au bureau. Mais
Clémence ne l'entendait pas ainsi. - Tu ne vas pas sortit tout de même ? - Et pourquoi pas ? dis-je - Fais attention. Si Galmot est mort, il vaut mieux que tu
restes ici parce qu'il va y avoir des histoires.. Clémence
aurait dû dire des drames ! ... J'étais pourtant parti tranquillement à
bicyclette. En cours de route, j'avais voulu m'arrêter à
l'hôpital pour avoir la confirmation des dires de mon
jardinier. Mais je m'étais ravisé. Bien m'en a pris,
car en me renseignant si tôt, je me serais rendu suspect...
comme deux Cayennais qui payèrent de leur vie semblable
curiosté. Une curiosité malsaine, d'ailleurs...
Chez Tanon où j'arrivais, mes collègues
travaillaient comme à l'accoutumée, personne ne savait
rien de précis. On attendait. Pourtant, peu à peu, le
marché, si animé d'ordinaire, se vidait. Et ce silence, cette solitude soudaine, avaient quelque chose
qui n'augurait rien de bon. Nous comprenions tous que si
réellement Galmot était mort, personne ne serait
désormais capable de se faire écouter du peuple.
Déjà, dans la rue, des habitants passaient en hurlant,
des femmes surtout... Peu avant 9 heures, ce jour-là, devait avoir lieu une
vente aux enchères de marchandises avariées appartenant
à notre maison. Comme j'étais chargé de m'en
occuper, j'allais donc me rendre à la salle des ventes. Chemin
faisant, pourant, je devais encore me raviser ; ce n'était pas
le moment de rester dans la rue. La vente ne pourrait avoir lieu. Des
groupes d'hommes et de femmes gesticulaient. On sentait monter la
colère populaire. J'étais à peine de retout au bureau lorsqu'arriva
une autre nouvelle stupéfiante : Larose vient d'être
lynché devant le commissariat, criait-on. Larose était un créole d'origine anglaise, ancien
gardien du cimetière " piailleur " notoire, âme
damnée de Gober Larose s'était-il vanté d'avoir fourni le
bouillon qui avait empoisonné Galmot ? C'est très possible, étant donné la
mentalité des gens de couleur. Toujours est-il qu'assailli
à coups de roches, Larose avait tenté de se
réfugier au commissariat de Police qui ne l'avait pas
accueilli. Et il avait été achevé à coups
de bâton par la foule déchaînée. Cette même mentalité avait poussé deux
Lautiéristes, aux aussi grands électeurs anillais,
ayant profité depuis des années de tous les avantages
du parti au pouvoir à rôder depuis le matin autour de
l'hôpital où Galmot agonisait. Ils avaient naturellement été vus et lorsque vers
10 heures, l'un d'eux était revenu dans ces parages, il avait
été poursuivi à coups de roche et finalement
abattu à coup de fusil de l'autre côté de la
crique qui traverse Cayenne, côté sud. On avait tué Larose ; cela n'émouvait personne.
Mais on avait tué aussi Bourgarel, ce qui nous bouleversait.
C'est que nous l'aimions bien ce Bourgarel. Il ne se passait pas de
semaine, en effet, sans qu'il vînt dans nos bureaux pour une
affaire ou une autre. C'était un gros entrepreneur et
entendions encore son étrange voix criarde résonner
à nos oreilles. Au bureau, donc, personne ne pouvait travailler; ces deux morts
coup sur coup nous laissaient sans voix. Pour le moment, que
savait-on ? Que Galmot était mort, empoisonné...
Mort après trente six heures d'atroces souffrances. Tous
les symptômes étaient ceux d'un empoisonnement. Vers onze heures et demi, ma bonne m'avait apporté un
petit mot de Clémence qui me recommandait de ne pas sortir
dans les rues et qu'elle enverrait mon déjeuner. Je me
souviens avoir montré ce billet à mon patron qui
était visiblement inquiet de la tournure que prenaient les
évènements. Pourtant, ni lui, ni personne, ne pouvait imaginer que les
choses iraient aussi loin qu'elles sont allées. On ne pouvait
tout de même pas prévoir à cette heure que, le
lendemain, un Gouverneur Français livrerait à la foule
pour qu'elle le lynchât un haut fonctionnaire du pays. Et j'étais rentré à la maison
tranquillement où je devais trouver Clémence
très surexcitée. L'après-midi fut en apparence plus calme. En
réalité, la population discutait ferme.
L'empoisonnement de Galmot ne faisait de doute pour personne. Et
comment cette population en eut-elle douté ?... Au commencement de la nuit, sur quel mot d'ordre, on ne peut le
savoir, la foule se dirigea vers la maison du Docteur Jean. Ce haut
fonctionnaire, chef du Service de l'Instruction Publique, aimé
jadis comme médecin, était haï maintenant parce
que le plus acharné partisan de Gober. Il n'était pas dans sa maison. On la vida
complètement, détruisant tout méthodiquement. Ce
fut ensuite la maison de Gober qui subit le même sort. Sa femme
trembmante de peur, assistait à ce pillage, de son
grenier. Deux ou trois autres maisons de Lautiéristes
inoccupées furent mises à sac. Puis, au petit jour, la
foule envahit tout près de la crique deux maisons,
occupées celles-là. Dans l'une, un jeune Guadeloupéen, lieutenant de Gober,
fut tué sous les yeux de sa vieille maman. Dans l'autre, un
vieillard haï, parce qu'à toutes les élections, il
avait présidé le bureau de vote, fut tué, lui
aussi, devant sa femme. Au petit matin, Cayenne était si calme que l'on ne
pouvait croire les gens qui vous disaient : " ils ont tué
Jubel, ils ont tué Thébia. Ils ont tué
Untel... A cinq heures, ce jour-là, on devait enterrer Galmot ;
mais la majorité de la population avait juré que ces
obsèques ne se feraient pas avant d'avoir fait justice. Ce que
désiraient ces gens, c'était qu'on leur livrât le
Docteur Jean, chef de service de l'Instruction Publique et le
Martiniquais Servais, employé au Trésor. La foule menaçante grossissait de minute en minute
devant l'hôpital, réclamant le Docteur Jean... Au lieu de tout tenter pour contenir la foule hurlante, le
Gouverneur, sous prétexte d'éviter une nouvelle
effusion de sang, et le médecin-chef de l'hôpital afin
de protéger ses malades, avaient fait sortir le Docteur Jean,
sous l'escorte de quelques gendarmes, qui avaient la consigne
formelle de ne pas faire usage de leurs armes. Nouvelle erreur. Car, à peine le malheureux
médecin étaot-il dans la rue qu'une avalanche de roches
s'abattait sur lui. Deux fois le Docteur Jean tomba. Deux fois on le
releva pour le porter presque mort jusqu'à la prison
voisine. Mais ce n'était pas fini ! Les autorités ayant
voulu tout de même porter secours à l'homme qu'elles
avaient subitement exposé à la vindicte publique,
réclamèrent d'urgence un médecin. Lorsque celui-ci arriva, la oule se rua à sa suite dans
la prison et, bousculant les gardiens, acheva le moribond... Après quoi, ayant pu retrouver la cellule où se
trouvait le Martiniquais Servais, les émeutiers l'avaient
traîné par les pieds jusque dans la rue pour lui
fracasser la tête sur le pavé. Deux nouvelles victimes étaient à ajouter au
funèbre bilan... ". Charles Pean, de passage en Guyane à l'époque relate
dans " Conquête en terre de bagne ", ce qu'il a entendu
quelques jours après les évènements, le 10
août 1928 : " ... A notre arrivée, la nuit étend sur Cayenne
ses voiles sombres parsemés de points d'or. Visiblement, une agitation extraordinaire troubleles habitants,
échauffe les esprits autant que les propos. Et, sur la
capitale Guyanaise, pèse une atmosphère lourde,
inquiétante. De loin en loin, des bribes de phrases me parviennent. Le Gouverneur a demandé des renforts Le Docteur s'est caché à l'hôpital, mais on
a mis sa tête à prix. Il y passera comme les
autres.... Une grande foule s'est assemblée devant la Mairie et,
dans la nuit devenue maintenant complère, des cris dominent,
par moments, les bruits de cette fin de journée tragique.
Cela fait six morts... Le dernier, c'est J... (le directeur de l'enseignement public).
Il s'était réfugié à l'hôpital avec
sa femme et ses quatre enfants ; mais, comme la foule menaçait
de mettre le feu, ils l'ont livré. Des dénégations et protestations
passionnés ayant éclaté, la même voix
reprend : " C'est tout comme s'ils l'avaient livré. Il
était, en effet, escorté de quelques soldats, mais
quand ils sont arrivés au coin de la rue, la foule s'est
jetée sur lui et l'a massacré. Il n'était pas tout à fait mort. La preuve, c'est
qu'on l'a relevé et porté à la prison. Sans doute, seulement quand la populace a su qu'il vivait
encore, elle a enfoncé la porte de la prison, l'a tiré
dans la rue, et là, les femmes et les enfants l'ont
achevé. Un long silence suit ce récit atroce ; puis une voix
très haute reprend : - " Et B... ! Ils l'ont cherché pendant deux heures, et
l'ont trouvé finalement caché entre deux matelas !
Après l'avoir frappé et blessé, ils l'ont
précipité par une fenêtre du deuxième
étage, à la foule qui hurlait... Je suis épouvanté, tandis que le conteur,
infatigable et invisible ajoute : " Il avait pourtant plus de soixante dix ans ce malheureux....
" En définitive, les troubles consécutifs à la
mort de Jean Galmot auront fait six victimes, toutes choisies parmi
les amis de Lautier ou de Gober. Quant à l'inhumation de Jean Galmot, elle a lieu ce
même 7 août 1928 au cimetière de Cayenne. On y
écoute, le coeur serré, le discours prononcé par
son ami politique, Albert Darnal, Avocat et Président de
l'Association des Amis du Livre : " ... Devant notre malheur, devant notre immense douleur
qu'aucun chant ne peut bercer, les mots n'ont pas de sons, les
paroles n'expriment plus rien. Les larmes coulent lentement sur nos joues parce que seules,
elles peuvent soulager notre coeur mais les larmes elles-mêmes
ne suffisent pas pour exprimer le désespoir de tout un peuple
dont Galmot était la vivante idole. Les femmes, les enfants, les hommes eux-mêmes souffrent.
Dans les foyers, partout, sourdent des gémissements. Galmot est mort après des souffrances horribles. Il
avait offer sa vie pour la liberté. Galmot est mort. Nous perdons notre animateur, nous perdons le poète qui
a su chanter la Guyane. Je le revois encore, en 1919, quand il vint aux " Amis du Livre
" présider à la causerie que faisait son ami et
collaborateur d'alors J.F. Merlet. Tout en parlant de littérature, il exprimait son vouloir
de se faire un nom dans les Lettres Françaises. A ses côtés, il avait Louis Chadourne, mort depuis
en pleine force, laissant un brillant bagage littéraire parmi
lequel ce " Pot au Noir " où Galmot était croqué
avec art. Et dans notre petit cercle familier où l'intimité
se reserre, Jean Galmot qu'écoutaient avec nous des
écrivains de talent, évoquant son " Etrange Histoire ",
songeait déjà au livre qu'il allait écrire et
dont le titre est maintenant pour nous, à jamais, un symbole
: " Un mort vivait parmi nous " Ce mort qu'il voyait à travers les hallucinations de la
fièvre, ce mort, le voilà : c'est Jean Galmot Oui, mes amis, un mort vivait parmi nous, c'est sa grande
silhouette, c'est son âme, incarnation de la bonté.
Mort, il est plus grand que jamais puisqu'il est un
idéal ! Notre mort vit parmi nous . C'est à nous de comprendre la grande leçon de
liberté et d'union fraternelle qu'il a su incarner. Il a créé parmi nos amis le rapprochement
nécessaire à une oeuvre de relèvement. Il a su
faire oublier aux uns et aux autres leurs antipathies et les forcer
au travail commun pour la plus grande Guyane. Jean Galmot, poète épris de liberté, avait
le rêve grandiose et c'est cela qui l'a brisé une
première fois, ruinant ses espérances et les
nôtres. C'est ce rêve qui l'a fait rester parmi nous
où il a été terrassé. Mais il nous reste un peu de ses rêves puisque nous avons
ses livres. Il en est un toutefois que nous ne lirons pas : Il y a quelques mois à peine, en présence d'Amiot
qui représentait Georges Anquetil et de son ami Bietz, il
traçait les grandes lignes du livre qu'il préparait et
dont les feuillets encore incertains se trouvent sans doute dans les
papiers que pieusement nous enverrons à sa veuve. Je l'entends dire quelle serait sa joie, une fois son labeur
politique achevé, d'aller bien loin vers la Comté pour
y passer quelques jours dans le calme de ces grandes forêts
dont mieux que personne il avait connu le troublant mystère ey
écrire le poème à la Guyane. Mes chers amis, Galmot est mort. Il n'a pas
réalisé ce rêve-là, non plus, il n'a pas
réalisé tous ses beaux rêves, mais il en est un
qui est maintenant une réalité ; il nous a rendu la
Liberté dont il est le martyr. Il est mort pour elle et nous
semblons rester sans chef. Non, il nous reste un quand même, lui. Il faut que nous nous haussions jusqu'à lui qui savait
que certains morts ont une vie éternelle ; il nous faut comme
lui, avoir cette vision qui permet de reconnaître toujours
présent parmi nous notre mort le plus cher. Il faut que Jean
Galmot vive dans nos pensées. Ce grand mort qui vivra parmi nous fera solide l'union qu'il
avait créée pour la défense sacrée de la
liberté et si quelqu'un était tenté d'oublier
son oeuvre, la grande silhouette aux gestes harmonieux poussrait
comme une ombre nos yeux pour éteindre la lueur de discorde
qui s'y serait allumée. Jean Galmot, tu vivras, tu vis parmi nous. Ce ne sont pas
seulement les " Amis du Livre " qui te pleurent, c'est le pays que tu
as libéré. Ta veuve et ton fils, mon ami, à
travers leurs larmes, malgré leur douleur, seront orgueuilleux
de ton martyr, tou qui fus traîné dans la boue...
Et vous, sa bonne vieille maman, vous dont il parlait avec des
sanglots dans la voix, quelle n'est pas votre détresse. Vous
ne l'avez pas embrassé une dernière fois, celui qui,
malgré son âge était votre petit. Vous auriez
voulu le tenir contre vous, le câliner, le bercer longuement
afin que ses dernières heures fussent des heures de douceur et
de tendresse. Pauvre maman, vous n'avez pas pu le faire. Si notre amour pour
votre fils peut vous consoler un peu, songez que nos femmes, nos
soeurs et nos filles l'ont pieusement baisé au front et lui
ont donné le chaud manteau de leur affection. Et quand vous
aurez son portrait, vous verrez qu'il est resté sur ses
lèvres, après sa mort, un sourire doux et bon qui est
comme sa dernière pensée à tous ceux qui l'ont
aimé. Jean, mon frère, comme vous vouliez m'entendre vous
appeler. Jean, mon frère, ne dormez pas. Faites-nous sentir
votre présence, nous en avons besoin pour raminer notre foi et
nos espérances. Jean Galmot, mon frère, merci ! " Avec l'enterrement de Jean Galmot, le dossier Galmot
n'était pas clos Tout d'abord, les émeutes de Cayenne des 6 et 7 août
1928 ont donné lieu à un procès qui s'est
déroulé à Nantes en 1931. Terminé par un
acquittement général, il a permis à l'avocat,
Gaston Monnerville, d'amplifier sa notoriété en France.
Et, en récompense de sa plaidoirie, les Gutanais lui ont
ouvert l'accès de la députation du pays dès
1932, et pour une longue période, puisque l'opposition
à Galmot avait été réduite au silence.
Mais les années passant, on commença à
s'interroger sur Jean Galmot, cet homme qui avait été
à l'origine de la plus grande tragédie de l'histoire de
la Guyane. En particulier A. Elosel,dans un article de l'Observateur de 1936
intitulé " Les Elections Législatives ", dresse
dans un premier temps et à la lumièe
d'éléments nouveaux, un portrait de Jean Galmot : " .... Je dirais seulement que Jean Galmot était un
grand coeur qui aimait ce pays et qui pouvait y faire beaucoup de
bien, si ce n'était son esprit de brasseur d'affaires, peu
scrupuleux des moyens, ne considérant que le résultat
à obtenir. Ce caractère appartient aux hommes forts, non
dépourvus de génie, qui n'ont jamais eu peur dans leur
vie. Ils passent dans un pays comme l'ouragan des tropiques ; ils
bousculent, bouleversent tout sur leur passage, parfois, ils y
restent en martyr ; on leur tresse des couronnes, parfois, on les
voit gravir les marches de l'échafaud ; parfois, ils sont
conduits sous l'Arc de Triomphe ; ce sont les libérateurs des
mondes, des Bolivar dont les noms sont immortalisés. L'homme n'est pas maître de son destin. Mais qui a tué Galmot ? De bonne foi, je crois que cet
homme est mort empoisonné. Comment et par qui ? Toutes les versions, toutes les
hypothèses qu'on a éablies pour la cause, la plupart
combinées par passion sont insensées, ridicules et ne
s'appuient sur aucun fait pouvant constituer une preuve. Cependant, après examen et analyse des retses de Galmot
par les plus hautes compétences médicales, la France a
déclaré : " Galmot empoisonné par poison lent,
autrement dit suicide involontaire ". D'autre part, l'affaire Stavisky n'a-t-elle pas projeté une
vive clarté sur le tableau sombre de la vie et de la
tragédie de la mort de Jean Galmot. Et alors, pourquoi avoir
assassiné, massacré dans des conditions aussi atroces,
aussi sauvages, six innocents ; pourquoi, après huit
années, n'a-t-on pas entendu un mot de regret, une parole de
pitié à l'adresse de ces malheureuses victimes ? Hélas ! Il n'y a donc pas de coeur humain dans ce pays...
A la fin de cette évocation concernant Jean Galmot, sa vie,
ses passions, son impact, sa mort, les conséquences de
celle-ci, le même mystère demeure : Galmot a t-il
été empoisonné directement ou indirectement par
ses adversaires ? Galmot, acculé, ne s'est-il pas suicidé pour
échapper à l'irruption de son véritable visage
devant ses partisans ? |