SINNAMARY 1795 : La Révolution française
 

Sinnamary

 

   

L'histoire de Synnamary comme celle de la Guyane fut marquée par la Révolution française, et le premier bagne fit son apparition dans cette commune.

La France du 18 fructidor déporta sans jugement des ennemis politiques, des intellectuels, des prêtres .
Pamis ces déportés se trouvaient : Barbé-Marbois, Tronson Ducoudray, le marquis Barthélémy, le Général Pichegru, l'abbé Brottier, Laffont Ladébat, Murinais, Billaud-Varenne et Collot d'Herbois.


Jean-Marie Collot d'Herbois
Paris 1749-1796 Guyane

Politique français, il publia l'Almanach du Père Gérard. Député à la convention, membre du Comité du Salut Public en 1793, il est chargé avec Billaud-Varenne de la politique intérieure. Il réprima avec violence l'insurrection de Lyon. Adversaire de Robespierre au 9 thermidor, il fut accusé et déporté en Guyane où fut accusé et déporté en Guyane en 1795 où il y mourut et fut enterré dans d'étranges conditions au cimetière de Cayenne le 7 juin 1796.
Mort de Collot d'Herbois à l'hôpital de Cayenne.
Politique français, il publia l'Almanach du Père Gérard. Député à la convention, membre du Comité du Salut Public en 1793, il est chargé avec Billaud-Varenne de la politique intérieure. Il réprima avec violence l'insurrection de Lyon. Adversaire de Robespierre au 9 thermidor, il fut accusé et déporté en Guyane en 1795 où il y mourut et fut enterré dans d'étranges conditions au cimetière de Cayenne.

En effet, le 7 juin 1796, les nègres respirent à pleins poumons la liberté et vont courir sous les masques dans les rues de Cayenne fêtant l'arrivée du Directoire, qui a pris les affaires en main. Déguisés en diables noirs, en sorciers et en clowns, ils déferlent dans les rues de Cayenne. Ils sont travestis aussi en gradés militaires, en grands chefs de tribus. Les femmes aiment se mettre en reines africaines. Tout le monde avec chachas, sonnettes, ti-bwa, tambours, au rythme des musiques endiablées, court par toute la ville.
Mais ce même matin, au cimetière de Cayenne, on enterre Collot d'Herbois, ce Collot qui fit égorger tant de gens à Lyon en 1793, ce Collot qui s'opposa à Robespierre au 9 thermidor et qui, depuis un an, a été déporté en Guyane. Les blancs créoles changeaient de rue dès qu'ils l'apercevaient. Quant aux noirs et aux amérindiens, à sa seule vue, ils s'enfuyaient, épouvantés en faisant le signe de la croix.
Les fossoyeurs attirés par ce carnaval et qui ne pouvaient plus rester en place vont bâcler la sépulture de Collot. Ils fouillent la tombe à moitié, ils poussent le cercueil à moitié ouvert dans le trou qui n'est pas assez agrandi. Ils n'ont même pas le temps de jeter beaucoup de terre sur le couvercle à moitié décloué. Ils laissent tomber en désordre pelles et pioches pour aller s'engouffrer dans la fête qui bat son plein.
Un moment après, les porcs, qui sont en visite, vont déterrer le corps et sont relayés par les urubus, qui attendaient patiemment juchés sur les murs du cimetière.
D'après un récit d'Auxence Contout

François Barbé-Marbois

D'abord chargé d'affaire en allemagne, puis consul de France aux Etats-Unis, il est élu Maire de Metz en 1795 et membre du Conseil des Anciens. lors du coup d'état du 18 fructidor An V (4 septembre 197), il fait partie des déportés en Guyane envoyés à Sinnamary. Ayant échappé aux maladies, il se retrouve seul avec LAFFON-LADEBAT et l'administrateur de la Guyane les rapelle à Cayenne. A la suite d'émeutes dirigées par Franconie, ils se retrouvent presque chefs de la colonie. Après le coup d'Etat du 18 Brumaire, ils sont autorisés à quitter Cayenne pour l'île d'Oléron. Barbé-Marbois est nommé par Bonaparte ministre du trésor. Il deviendra également premier président de la Cour des Comptes, sénateur et Pair de France.



Jean Charles Pichegru
(1761-1804)

Fils d'un cultivateur, Pichegru parvient très jeune à devenir répétiteur de mathématiques à Brienne ; il s'engage comme soldat en 1780 (contrairement à la légende, Napoléon n'aura donc guère eu le temps de profiter de ses connaissances mathématiques) et fait la guerre d'Amérique. Sergent-major en 1789, il milite au club des Jacobins de Besançon et devient lieutenant-colonel d'un bataillon de volontaires. En octobre 1793, il commande en chef l'armée du Rhin. Il est subordonné à Hoche (ce qu'il supporte mal) pour la délivrance de l'Alsace ; au printemps de 1794, soutenu par Saint-Just, il commande l'armée du Nord et, en janvier 1795, s'empare de toute la Hollande. En avril 1795, il reçoit les pleins pouvoirs de la Convention pour mater l'insurrection de germinal an III. À peine nommé au commandement de l'armée de Rhin-et-Moselle, il s'engage par écrit à mettre sous quelques délais son armée au service de la royauté, moyennant énormément d'argent, le bâton de maréchal, le gouvernement de l'Alsace et la propriété de Chambord. C'est dans de telles vues qu'il entame fort mollement sa campagne d'été de 1795, laisse battre Jourdan sans le secourir et se replie. Se sentant suspecté, il offre sa démission, qui est acceptée contre son attente en mars 1796 ; ici prend fin une carrière militaire qui promettait mieux. Député, et aussitôt président des Cinq-Cents (avril 1797), Pichegru prépare secrètement un coup d'État royaliste; arrêté le 18-Fructidor, Pichegru est déporté en Guyane, s'évade et se réfugie à Londres. Il n'abandonne pas la partie ; lié à l'élaboration du complot de Cadoudal, il est arrêté. Le 6 avril au matin, il est trouvé étranglé dans sa prison. En l'apprenant, Bonaparte dit à Réal : "Nous avons perdu la meilleure pièce à conviction contre Moreau" ; il faut donc songer à un suicide, et repousser en tous cas la version selon laquelle Bonaparte, tremblant devant la gloire de Pichegru, l'aurait fait étrangler.

 

 

Jacques Nicolas Billaud-Varenne
La Rochelle 1756-Port-au-Prince 1819

Politique français, avocat au parlement de Paris, révolutionnaire il publia de nombreux pamphlets. Lié avec Danton et Murat, il prit part au massacre de septembre 1792. Député de Paris à la Convention, il fut l'un des organisateurs de la Terreur. Trop compromis avec les théoristes, il fut relégué à Sinnamary. Billaud-Varenne y vit "en Socrate" selon l'expression de Barbé-Marbois, rédigeant des Mémoires publiés seulement en 1893 et dans lesquels il déplore les divisions de la Montagne. Désavouant le coup d'État de Brumaire, il refuse toute amnistie. Réfugié après 1816 à Saint-Domingue, il y meurt en prononçant des paroles qui résument son caractère de républicain à la Plutarque : "Mes ossements du moins reposeront sur une terre qui veut la liberté ; mais j'entends la voix de la postérité qui m'accuse d'avoir trop ménagé le sang des tyrans d'Europe."

 


André-Daniel Laffon-Ladebat à 16 ans

André-Daniel Laffon-Ladebat à 50 ans
André-Daniel Laffon de Ladebat
André-Daniel Laffon de Ladebat fut exilé à Sinnamary en Guyane à la suite du coup d'état du Directoire du 4 septembre 1797.
Né en 1746 dans une famille d'armateurs bordelais , élu aux Etats-Généraux, il fut député de Gironde à l'Assemblée Législative et présidait le Conseil des Anciens au moment du coup d'état.
Comme Barbé-Marbois, par crainte de représailles sur sa famille, il ne s'évada pas et ne fut rappelé en France par Bonaparte que le 24 janvier 1800.
Après son retour et après avoir mené à bien la liquidation de la Banque Territoriale pour le compte du gouvernement, il s'éloigna du monde politique et s'engagea dans le développement plusieurs sociétés d'œuvres sociales protestantes.
Il mourut à Paris en 1829. Ses mémoires n'ont été publiées qu'en 1912 à Paris sous le titre " Journal de ma déportation à la Guyane française ".

Il est important d'observer que ces déportations de fructidor à Sinnamary et à Counanama ne sont pas assimilables aux envois au bagne de Guyane qui leur ont succédé au XIXèmé siècle. D'une part les déportés n'étaient pas des criminels condamnés légalement par un tribunal, mais seulement des ennemis politiques du moment déportés là sans jugement ; d'autre part ils n'étaient pas incarcérés mais jouissaient d'une certaine liberté sous réserve de ne pas s'éloigner de leurs lieux de résidence forcée. Enfin à l'époque il existait pour les forçats de vrais bagnes installés dans des grands ports de France (Marseille, Toulon, Rochefort notamment) Il n'y avait alors aucun bagne en Guyane. Les bagnes portuaires parfois qualifiés de " galères à terre " avaient en effet remplacé les navires galères qu'on utilisait plus.
Les déportations de fructidor servirent ensuite de modèle pour d'autres exils politiques puis pour des tentatives de "colonisation pénitentiaire"; ce n'est qu'en 1854 qu'une loi créa officiellement le "bagne de la transportation" qui ne sera supprimé définitivement qu'en 1938.


Durant cette période, de nombreux prêtes furent déportés vers Counamama, savane proche d'Iracoubo.


Croix sur la Savane des Pères de Counamama


Entre 1797 et 1799, plus de mille prêtres ont été condamnés à la déportation en Guyane, parce qu¹ils refusèrent de prêter serment à la Constitution civile du Clergé, pour rester fidèles au Christ et à son Eglise.
Des centaines sont morts à Rochefort (diocèse de La Rochelle. Une soixantaine d¹entre eux furent béatifiés en 1994.
Ces prêtres venaient de plusieurs diocèses de France et de Belgique, et c¹est de Rochefort qu¹ils furent embarqués pour la Guyane. Le lieu qui conserve leur triste souvenir ici, en Guyane, s¹appelle COUNAMAMA.
Le 18 novembre 1799, un décret de Napoléon mit fin à cette déportation, mais ce n'est que le 7 janvier 1800 qu¹il arriva en Guyane. Ce décret permettait le retour des prêtres condamnés en France, malheureusement ils n'étaient plus que quatre-vingt-dix !
Le père Maurice Barbotin, raconte le Martyr de ces Prêtres dans un livre publié aux éditions de l¹Harmattan en 1994 et intitulé :
" Conamama Camp de la mort en Guyane pour les prêtres et les religieux en 1798 "
Chaque année, à la fin du mois d'octobre ou au début du mois de novembre, le diocèse de Guyane organise un pèlerinage sur les lieux où ces hommes, disciples du Christ, souffrirent la passion et la mort.
C¹est "l' Association des Amis et Bienfaiteurs de Counamama ", en lien avec la paroisse d¹Iracoubo, qui organise chaque année un pèlerinage, relancé au début des années 1980 par le père Jean Drollée, après une longue interruption, depuis l¹inauguration du calvaire du cimetière par Monseigneur Alfred Marie en 1965.
Le dernier très grand rassemblement eu lieu en 1998, pour le bicentenaire de cette déportation. Pèlerinage présidé par Monseigneur Georges Pontier, évêque de La Rochelle en présence du Nonce Apostolique des Antilles-Guyane et de plusieurs évêques dont Monseigneur Louis Sankalé.
La messe a lieu traditionnellement à 10 heures, et l¹après-midi, après le Salut du Saint-Sacrement il y a un temps de prière au cimetière, avant la dispersion des pèlerins. Tout se passe en plein air, sous les arbres de la forêt environnante.
Une chanson de JEAN MARIE VINCENT rend un hommage aux Martyrs de Counamama et de Synnamary
Refrain
Eglise de Guyane, chante ton Seigneur
Que tes enfants acclament ces bons serviteurs.
Portant sur le visage la foi des martyrs
Ils tracent le sillage de ton avenir.
Couplets
-1-
Hommes imparfaits comme les Apôtres
Ils sont appelés à un dur combat.
Dieu sait que leur cœur, par amour des autres
Vaincra toute peur au moment du choix.
-2-
Prêtres du Seigneur, une vie féconde
S'ouvraient devant eux, tel un feu de joie
Mais un feu de mort embrasa le monde
Dans les chants de fleurs l'enfer éclata !
-3-
Prisonniers, meurtris, pour leur foi sereine
Forçats enchaînés, gorgés de tourments
Faibles dans leur corps, plus fort que la haine
Ils ont tout souffert admirablement !
-4-
Comme des agneaux, souffrant en silence,
Ils ont supporté mille vexations.
Face à leurs bourreaux, en toute innocence,
Ils n'avaient qu'un mot, celui du pardon.
-5-
Hommes de douleurs, durant leur calvaire
Ils ont tenu bon, tel Jésus en croix.
Leurs noms sont inscrits, rayons de lumière
En lettres de sang à Counamama.
-6-
Pourquoi donc mourir dans tant de souffrance,
Si ce n'est pour Dieu, dans un cri d'amour ?
Du fond de nos cœurs monte l'espérance
D'un monde meilleur, guidé par l'amour.
Propriété de l'Auteur

Page réalisée avec l'aide de Philippe Laffon de Ladebat